Batman : meurtrier et fugitif, Tome 1 – La review

Publié le 17 mai 2018 par

Urban comics édite ce mois-ci un grand classique qui fait suite à New Gotham (dont les 3 tomes ont été édités en France depuis l’année dernière). Et on peut dire que ce nouveau cycle, prévu en 3 tomes également, annonce du lourd : sont présents au scénario Greg Rucka, Chuck Dixon, Ed Brubaker et Devin Grayson, rien que ça ! S’ils sont chacun connus pour des œuvres majeures, comme Wonder Woman pour Rucka, Knightfall pour Dixon, Gotham Central pour Brubaker, on retrouve cependant ces 4 scénaristes à l’œuvre dans No Man’s Land et/ou New Gotham, ce qui assure une continuité pour « Meurtrier et fugitif » (Notez qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu ces séries pour comprendre ce nouveau cycle). Mais qu’évoque donc ce nom de cycle si surprenant ?

Batman : meurtrier et fugitif, tome 1, Urban Comics
Batman : meurtrier et fugitif, tome 1

Vesper Fairchild vient d’être assassinée, et son corps sans vie a été retrouvé…dans le manoir Wayne ! Et le seul suspect de l’enquête n’est autre que Bruce Wayne. Mais il lui est impossible de dévoiler son véritable alibi, sous peine de révéler qu’il se pare tous les soirs du costume du Chevalier Noir. Arrêté et emprisonné, c’est à la Bat-Famille qu’il incombe de découvrir l’identité du meurtrier.

Scénario : Gerg Rucka, Chuck Dixon, Ed Brubaker, Devin Grayson
Dessin : collectif
Publié le : 4 mai 2018
Nombre de pages : 352
Prix : 28 €
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Un véritable récit d’enquête oppressant

« Meurtrier et fugitif », c’est d’abord un polar, une enquête qui devient de plus en plus oppressante pour le héros (et donc pour le lecteur), au fur et à mesure que l’on découvre les preuve irréfutables de sa culpabilité. En effet, alors que son ancien amour vient d’être assassinée chez lui, Bruce Wayne est naturellement mis en garde à vue avec sa garde du corps, Sacha Bordeaux, tous deux présents près du corps. Or, nous avons plutôt l’habitude de voir Bruce Wayne en prison. Celui-ci est régulièrement accusé à tort de meurtre ou d’autres délits, et il s’en sort facilement grâce aux preuves ou à ses amis/sa famille. On se dit donc que là encore, la police ou la bat-famille découvrira les preuves pour le faire sortir. De toute façon, Bruce a un moral d’acier, il tiendra et trouvera bien moyen de s’en sortir.

Bruce Wayne et Sacha Bordeaux
Bruce Wayne et Sacha Bordeaux arrêtés pour le meurtre de Vesper Fairchild

Sauf que là, non. Histoire tout d’abord menée comme un polar digne de Gotham Central (on retrouve avec plaisir le capitaine Sawyer et le duo Montoya/Allen aux commandes de l’enquête), les preuves s’accumulent contre Bruce Wayne (vous les décrire serait en gâcher le plaisir). De plus, Sacha et Bruce ne peuvent parler faute de dévoiler la double identité du milliardaire, ce qui renforce la tension et la colère des juges et avocats. Le héros est acculé, aucune porte de sortie n’est possible.

Le seul reproche que je peux faire à cette enquête, c’est que l’on quitte bien trop tôt Renée Montoya et Cripsus Allen, pour remettre l’enquête aux mains de la bat-famille. Moi qui aime particulièrement ce duo (souvenirs de l’excellent Gotham Central, que je vous recommande chaudement pour le plaisir, même s’il n’est pas du tout indispensable pour lire Meurtrier et fugitif), j’ai été déçue que l’enquête soit vite close, alors que Montoya émet des doutes sur la culpabilité de Bruce.

La descente aux enfers

Bruce Wayne et Barbara Gordon
Bruce refuse l’aide de ses alliés, dont Barbara Gordon

Mais le plus surprenant dans ce récit, c’est la véritable descente aux enfers que vivent Bruce Wayne et Sacha Bordeaux. Vous connaissiez le moral d’acier de notre cher Batman, son sang froid, sa capacité à faire abstraction des malheurs qui l’entourent ou le touchent de près ? Vous étiez habitué à ce qu’il sache gérer chaque retournement de situation ? Oubliez ça. Ici, déjà, et c’est extrêmement rare dans les histoires du Chevalier Noir, vous n’êtes pas avec Batman. Vous êtes avec Bruce Wayne, et ceci a une signification particulière qui se révèle à la fin de tome. Vous descendrez avec nos deux héros tout droit à la déchéance, à l’enfer psychologique que peuvent créer l’impasse juridique, l’humiliation et le milieu carcéral. C’est dur, ne vous attendez pas à prendre du plaisir à voir souffrir un Bruce Wayne que l’on voit rarement en tel état de dépression, et à voir douter une Sacha Bordeaux entraînée là-dedans malgré elle, dans une situation dont elle pourrait se défaire (en dévoilant la double-identité de Bruce ou en avouant qu’elle doute de son partenaire), mais qui reste fidèle à notre héros.

Sacha Bordeaux en prison
L’enfer de la prison pour Sacha Bordeaux

Le dessin et le scénario s’allient ici avec merveille pour faire ressentir au lecteur des moments intenses. Par exemple lorsque Sacha, humiliée par ses codétenues, fatiguée, doute de son partenaire, alors que celui-ci ne lui adresse même pas un regard de soutien durant leur captivité. Au moment où elle se retrouve dans l’impasse, voici que, dans une scène particulièrement puissante au niveau graphique, Bruce vient la réconforter et lui faire retrouver la confiance.

La détresse de Bruce est admirablement mise en avant grâce au dessin de Roger Robinson et à l’encrage de John Floyd, donnant à voir des moments forts. Le lecteur ne peut que ressentir la dépression et en même temps le caractère tenace du milliardaire touché au plus profond de lui-même.

Une affaire de famille

Nightwing et Robin
Tensions entre Nightwing et Robin

Mais que fait donc la bat-Famille, durant tout ce temps ? Eh bien, elle se charge comme elle le peut de découvrir la vérité. L’histoire ne se concentre pas seulement sur Bruce, mais aussi sur sa « famille » et là encore les tensions sont grandes, au point de finir explosives. Et ce, en grande partie à cause de Bruce lui-même. Le caractère si têtu, solitaire voire parfois égoïste de Batman vous plaît ? Vous allez vous régaler. Oracle, Orphan, Robin, Spoiler, Nightwing ainsi que Black Canary, et même cette chère Leslie Thompkins tentent d’aider Bruce, de lui soutirer des informations…en vain. Ils devront mener leur enquête de leur côté. Comme toujours, seul Alfred semble être dans la confidence. De fait, le doute s’insinue en chacun d’eux, excepté Nightwing, l’éternel fidèle, qui se refuse à croire que son père adoptif et mentor puisse être un criminel. Même le lecteur finit par se demander s’il n’a pas bel et bien tué Vesper

De fait, les conflits naissent, la tension monte entre les membres de la famille, mais aussi entre eux et leur mentor, en qui ils ont toujours eu une confiance absolue. Et le tome mérite d’être lu rien que pour l’explosion finale, magnifiquement menée par Ed Brubaker et Scott McDaniel. Cette fin révèle quantité d’éléments psychologiques, illustrant parfaitement les rapports entre Batman et sa famille, et plus spécifiquement avec Nightwing, son cher 1er Robin, celui qu’il a adopté et élevé. Là encore, c’est le bon travail des éditions Urban Comics qui nous font un coup de maître : la version originale se termine en effet un peu avant ce qui, je pense, ne laisse pas un goût aussi succulent une fois le tome terminé.

Enfin, chaque membre de la famille a droit à sa petite histoire inclue dans la grande, même si je regrette celle de Robin (Tim Drake), peu intéressante et surtout sans véritable lien avec l’histoire…

Robin et Oracle
Robin et Oracle en veulent à Batman qui ne leur fait pas confiance

Conclusion

Loin de moi la volonté de comparer ce très bon comics à l’un des meilleurs qui fut jamais écrit, Daredevil : Born again (ou Renaissance) ; je peux toutefois affirmer que les sensations qu’il m’a procuré m’ont fait un peu penser à celles ressenties lors de la lecture du chef-d’œuvre de Frank Miller et David Mazzucchelli. La descente aux enfers psychologique, la rareté (mais la violence) des combats, la concentration sur le personnage civil et non sur son alter-ego costumé, la cruauté de torturer à petit feu l’esprit du héros, font de cette lecture une plongée dans le désespoir et dans la poisse malsaine.

Si le scénario est mené avec brio malgré les quelques petits défauts relatés, je reproche des inégalités concernant le traitement graphique. Certains illustrateurs trouvent parfaitement leur place ici, dans cette description sombre et dramatique (surtout l’excellent Roger Robinson) , tandis que d’autres détonnent quelque peu. Je pense notamment à Trevor McCarthy, dont le style très cartoonesque tranche avec le reste. Heureusement, l’encrage et la colorisation assurent une unité et une ambiance maîtrisées.

Il va sans dire que ce récit est absolument à lire, et que j’ai très hâte de voir la suite.

Les notes

Scénario Note Scénario
Dessin Note Dessin
Colorisation/Encrage Note Colorisation
Note globale Note Globale

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Votre bat auteur

Bibliothécaire comme Barbara, servant le chevalier noir depuis peu, aimant le Moyen Âge, le Tir à l'arc et les balades nocturnes sur les toits.

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