[interview] Rencontre avec Pablo, 1er Prix Jeunes Talents Comics 2019

Publié le 12 novembre 2019 par

Depuis plusieurs années, la Comic Con Paris qui se déroule fin Octobre, organise le « Prix Jeunes Talents Comics ». Cette année, pour fêter les 80 ans de Batman, le thème du concours était consacré à notre héros préféré ! 🙂

Avec 10 finalistes d’un talent incontestable, c’est finalement Pablo alias Paul Carlier qui a séduit le jury présidé par Lee Bermejo lui-même !
Nous avons pu échanger avec lui, l’occasion de vous présenter cet artiste qui aura l’immense plaisir de signer une cover pour Urban Comics 😉

Dessin Batman par Pablo, gagnant du prix jeunes talents comics 2019
Dessin Batman par Pablo, gagnant du prix jeunes talents comics 2019

Tout d’abord, peux-tu te présenter rapidement auprès des fans de Batman ?

Je m’appelle Pablo (parfois), je vis à Montpellier. Je dessine depuis toujours et de façon tout-à-fait autodidacte. Du reste j’ai un master de sociologie, sociologie qui n’est pas non plus mon métier !

Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer au “Prix jeunes talents comics” de la Comic Con Paris cette année ? C’est parce-que le thème de cette année était autour de Batman ?

Oui, tout à fait, mes premiers contacts avec Batman ont été mes premiers contacts avec le monde des comics. Ce personnage est sans conteste mon préféré et je lui dois beaucoup. Alors quand j’ai vu que le concours jeunes talents de cet année était sur lui, j’ai vu ça comme une chouette opportunité de me donner un coup de pieds aux fesses et de participer. Il faut dire que je vis d’habitude ma pratique du dessin de façon assez solitaire, je montre peu mon travail mais là c’était les 80 ans de Batman…

Souhaites-tu te professionnaliser ou le dessin reste avant tout une passion pour toi ?

J’adorerai pouvoir me professionnaliser ! Si je pratique le dessin de manière passionée, devenir auteur de BD c’est un rêve de toujours. Qui se concrétisera bientôt, j’espère !

Quelles ont été tes inspirations pour le dessin que tu as présenté au concours ?

Vaste question. J’imagine que pour ce qui est de l’ambiance en elle-même je suis allé chercher du côté de grandes figures de la littérature de fiction. Les personnages sombres et torturés dans leurs grandes demeures, à l’orée du monde des Hommes, ce n’est pas ce qu’il manque: on peut penser au Dracula de Bram Stoker, au docteur et à sa créature de Shelley…
Un auteur qui m’est cher et qui m’a beaucoup inspiré dans ce que je voulais transmettre de mélancolie et de profondeur dans le dessin c’est Hugo Pratt. Son personnage de Corto Maltese est tellement charismatique et sobre à la fois, j’ai essayé d’invoquer un peu de cette aura pour mon Bruce Wayne (de façon plus où moins heureuse).

En remportant le concours, tu as gagné la possibilité de signer une couverture Batman pour Urban Comics, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

C’est grandiose ! D’abord parce que dessiner une cover de Batman ça signifie beaucoup pour moi, pour l’amour que je porte au personnage. Ensuite parce que pour quelqu’un qui désire faire du dessin son métier, c’est une superbe façon de mettre le pied à l’étrier. Non, j’en suis très enthousiaste, vraiment !

Tu as déjà une idée de la couverture que tu vas faire ?

Ahah, oui, des idées j’en ai plein la tête. Maintenant il s’agira d’être judicieux et puis de voir quelles sont les attentes de Urban Comics. Dans tous les cas ce sera une surprise, pour moi comme pour vous !

J’imagine que tu es fan de Batman 🙂 Quel est ton premier contact avec cet univers ?

Je suis un énorme fan de Batman ! Comme pour beaucoup de gens ma première rencontre avec la chauve-souris s’est faite par l’intermédiaire de la série animée de Timm et Dini. Je la revisionne régulièrement, c’est vraiment du grand art, pour moi cette série capture vraiment l’essence de Batman et de son monde. Et cette musique !

Quels dessinateurs admires-tu ?

Là aussi impossible de répondre de façon exhaustive… Pour n’en citer que quelques un-e-s il y a Hugo Pratt évidemment; il y a Manu Larcenet qui a eu une sacrée influence sur ma façon d’envisager le rythme et le découpage dans une narration, ses quatre tomes de Blast ont été autant de claques pour moi; il y a Juanjo Guarnido qui m’a mis d’énormes gifles avec Blacksad, sa façon de gérer le mouvement, les expressions, les cadrages… tout !
Il y a Joëlle Jones que j’admire énormément, je trouve son trais d’une force et d’une efficacité redoutable; il y a Lee Bermejo qui compose chacune de ses cases comme un foutu tableau de maître (quel honneur de le rencontrer) ! Il y a Greg Capullo qui est si précis, si clair qu’il me laisse souvent pantois; il y a Dustin Nguyen qui fait des choses magnifiques, il y a Lee Weeks, Jay Lee, ALex Maleev, Antoine Carrion, Fiona Staples… et Bien d’autres…

Certains sont une source d’inspiration pour tes dessins ?

Sans aucun doute ! Mais de là à savoir lesquels dans quoi… c’est un travail trop long pour que je puisse y répondre simplement ici.

Comment perçois-tu ce personnage de Batman, que représente-t-il pour toi ?

Tout d’abord je tiens à repréciser qu’il est sans doute mon personnage de comics préféré, c’est dû à beaucoup de choses mais aussi à sa complexité. Je m’explique: plus haut j’ai dis que j’ai une formation de sociologue, aussi pour moi tout est social, tout est politique et Batman n’échappe pas à la règle.
C’est un personnage hautement tragique, pour moi le pire ennemi de Batman c’est précisément ce qui lui permet d’être Batman: Bruce Wayne est un homme, blanc, hétérosexuel et milliardaire. Dans nos sociétés modernes c’est le top du top des privilèges et, paradoxalement, ce sont ces privilèges qui nouent le drame du personnage. Pour faire dans l’analyse grossière, c’est parce qu’il y a des ultras-privilégiés, des dominants, qu’il y a des ultras précaires, des dominés. Grossièrement donc, c’est parce qu’il y a des Wayne qu’il y a des Joe Chill.
Bien sûr il ne s’agit pas ici de rejeter la responsabilité du meurtre des Wayne sur la famille Wayne, le phénomène est structurel. Il ne s’agit pas non plus d’excuser l’acte de Chill, il n’y a pas de sociologie de l’excuse.
L’objectif est d’avantage de voir les phénomènes structurels qui agissent dans nos sociétés et de pouvoir poser un regard sur Batman, sur les comics en général, plus complexe et complet que « il y a d’un côté des gentils qui sont gentils et font le bien et de l’autre des méchants qui sont criminels, lâches et superstitieux et font le mal. ils sont à la marge de la sociétés des gentils et sont des Freaks ».
Ainsi, si l’objectif de Batman est bien de protéger Gotham, de mettre fin à la criminalité, alors il a plutôt intérêt à remplir des ventres autant qu’à casser des bouches. En clair Batman a plutôt intérêt à agir contre toutes les formes de dominations structurelles qui existent. Tout ça participe au drame du personnage, le jeune Bruce est la victime de mécanismes qui ont résulté à l’assassinat de ses parents mais en bénéficie aussi. Batman combat la nuit les résultats d’une organisation sociale qui lui permettent d’être un playboy milliardaire le jour. D’une certaine façon il se bat contre son ombre.

Pour terminer, et donner d’autres exemples des paradoxes qui se jouent dans le tricotage du personnage (et plus largement cette fois-ci dans la représentation de beaucoup de personnages masculins dans les comics), si Batman n’avait pas été éduqué au patriarcat et la virilité toxique propre à celui-ci il aurait peut-être pu assumer une charge émotionnelle qui lui aurait permis d’être plus attentif et plus présent pour Jason Todd et d’ainsi lui éviter la mort. Il aurait pu apprendre la confiance et la communication nécessaire pour éviter l’éclatement (provisoire) de la bat-family dans « Le deuil de la famille ».
Il aurait pu être heureux avec Julie Madison ou Selina Kyle sans que cela soit un obstacle à sa lutte contre le crime s’il avait appris à embrasser ses émotions plutôt que de rester prisonnier d’une injonction à la masculinité toxique.

Enfin, où peut-on retrouver ton travail ?

On pourra le retrouver sur pablolupin.wordpress.com. Le site est encore en chantier mais je compte bien le fournir d’avantage sous peu !

Je vous invite donc à suivre Pablo 😉
Encore une fois félicitations à lui pour son prix ! Et un grand merci pour sa disponibilité 🙂

Quel est votre avis sur son travail ? Laissez-le nous dans les commentaires ci-dessous 😉

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Votre bat auteur

Passionné par Batman et son univers, j'ai lancé Batman Legend pour partager avec vous ma passion du chevalier noir de Gotham City !!!

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2 commentaires
  • Il y a 4 semaines

    encore Une preuve indéniable qu’un immense talent artistique peut atterrir dans les mains d’un profond abruti.
    Les SJW et leurs adeptes ont le vent en poupe. Batman est un personnage fictif écrit par des milliers d’auteurs différents. Il est donc le reflet du point de vue de tout ces auteurs et c’est ce qui fait selon moi l’interet des comics. Tout le monde peux s’approprier un personnage et en faire ce qu’il veut. Réduire Batman au produit d’un phénomène de société basé sur de l’analyse de jaloux en manque d’affection dont Les théories n’existent que depuis quelques années sur Twitter est profondément niais.

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