Les Batman au cinéma – Partie 3 : les années 1990

Publié le 27 juillet 2018 par

Dans ce troisième volet des « Batman au cinéma », nous faisons suite au précédent article qui revenait sur le Batman de Michael Keaton. Dans cet article, nous reviendrons sur ses dernières heures en tant que justicier de Gotham. Au début des années 1990, l’incroyable succès des films de Tim Burton inspire la Warner Bros. Elle produit une série animée autour du justicier de Gotham City. Celle-ci plaît à la fois aux adultes et aux enfants. Les premiers épisodes débarquent sur la Fox à partir de septembre 1992. Ce divertissement connaît rapidement un succès public et critique. Une toute nouvelle génération de fans va découvrir l’Homme chauve-souris à travers ce dessin animé. Cet engouement populaire autour de Batman va définitivement convaincre les studios de produire un divertissement familial.

Un changement nécessaire

Joel Schumacher succède à Tim Burton
Joel Schumacher succède à Tim Burton

Joel Schumacher est choisi pour remplacer Tim Burton à la réalisation. La transition s’effectue en douceur, car le nouveau cinéaste s’entretient d’abord avec son prédécesseur, pour lui exposer sa vision des choses. Mais l’auteur des deux précédents films le laisse complètement libre de ses choix. Schumacher peut alors définir sa propre vision du Chevalier noir. Il apprécie Batman parce qu’il se démarque des autres super-héros : « Ce n’est pas une superpuissance venue d’ailleurs. Il est sujet aux mêmes vulnérabilités, défauts et drames que n’importe quel être humain. Il n’est pas parfait ni impénétrable. C’est un homme pas un surhomme. »

Le réalisateur conserve certains aspects de la psychologie du précédent Batman. C’est un homme fortement marqué par la disparition de ses parents. Il veut savoir pourquoi il est devenu Batman. Il en cherche la cause dans son enfance et dans ce qui lui est arrivé. Il arrive à une période de sa vie où il a le choix, en tant qu’adulte, de continuer à être Batman ou non. Toutefois, Joel Schumacher doit remplir son cahier des charges ; réaliser un divertissement familial. C’est la raison pour laquelle il décide que Bruce Wayne sera moins sérieux que dans les précédents films.

Dans la version de Tim Burton, l’homme d’affaires apparaissait toujours très mal dans sa peau. Il ne jouissait d’aucun bienfait de la vie, et vivait reclus dans un univers gothique empli de noirceur. Dans la relecture de Schumacher, celui-ci est à l’aise avec sa fortune. Il représente un modèle de réussite à l’américaine et évolue dans un environnement beaucoup plus coloré et déjanté. Le nouveau réalisateur veut redonner de l’énergie à la franchise, afin que cela ressemble davantage à la bande dessinée. Bob Kane pensait également que comme le deuxième était, par moments, un peu trop sombre, il fallait que « Batman Forever » soit un peu plus enlevé. Pas du tout comme la série télévisée des années 1960, mais juste un peu plus clair, vif, que le précédent opus.

Michael Keaton raccroche

Val Kilmer succède à Michael Keaton
Val Kilmer succède à Michael Keaton

Lorsqu’il découvre la direction choisie pour ce troisième volet, Michael Keaton, qui devait reprendre son rôle de justicier, quitte le projet et cède sa place à Val Kilmer : « Quand j’ai commencé le film, je pensais le faire avec Michael Keaton. Mais lorsqu’il s’est désisté, je venais de voir Val Kilmer dans Tombstone, où il était fantastique, et j’ai pensé qu’il ferait un excellent Batman. »

Cet acteur américain est né le 31 décembre 1959 à Los Angeles, en Californie. Il a déjà joué dans des films notables comme Top Gun (1986) ou encore True Romance (1993). L’intéressé se souvient encore du jour où il a appris qu’il deviendrait le nouveau vengeur masqué : « Il s’est avéré que tandis qu’ils pensaient à moi en tant que prochain candidat au rôle, je me documentais pour un film d’aventure en Afrique. Donc, le jour où la Warner Bros a appelé mon agent pour me proposer le rôle de Batman, j’étais dans une grotte pleine de chauve-souris en Afrique du Sud. »

Val Kilmer : un fan privilégié

Val Kilmer dans le costume du Chevalier noir
Val Kilmer dans le costume du Chevalier noir

Comme de nombreux enfants de sa génération, l’acteur a grandi avec la série télévisée de 1966. D’ailleurs, le fait qu’il soit voué à jouer le personnage remonte à l’âge de huit ans ; il avait visité le plateau de tournage en se faufilant à bord de la fameuse Batmobile. Il se prenait alors à rêver de devenir le prochain Batman. Mais ce n’est pas cette anecdote qui a convaincu Joel Schumacher de lui confier le rôle. En effet, le réalisateur sait que Val Kilmer peut, comme son personnage, avoir un côté glamour, séduisant et charmant, et un autre côté sombre et torturé, à l’intérieur. Cela constitue d’ailleurs un certain défi pour le nouvel interprète du Chevalier noir : « Ce n’est pas si marrant que ça d’être Bruce Wayne, car c’est un homme en ébullition. Je pensais au personnage et jouais en conséquence. Ce rôle représentait un sacré challenge, car il fallait être suffisamment impliqué dans la vérité profonde du personnage, et ne pas s’en écarter au point de ne plus coller au style. »

Heureusement, Val Kilmer peut compter sur le soutien du créateur du vengeur masqué en personne, Bob Kane. Celui-ci vient au moins une fois par semaine sur le plateau de tournage. Il aime assister à l’évolution du tournage qui démarre en septembre 1994 : « J’adorais discuter avec Bob Kane. Il disait qu’il aimait beaucoup mon jeu. C’était agréable à entendre, et il le disait souvent, donc c’était facile d’aller travailler. Je gonflais d’orgueil dans le costume. »

Erreur de casting

Contre toute attente, George Clooney devient le nouveau Batman
Contre toute attente, George Clooney devient le nouveau Batman

Après la sortie et le succès de « Batman Forever« , la Warner Bros commande immédiatement une suite. Le public, les médias et le studio veulent que Joel Schumacher en fasse un autre. Il reste donc le maître à bord et le scénariste du précédent opus, Akiva Goldsman, se charge d’écrire le nouveau script. Il est alors décidé que la production de ce quatrième volet sera accélérée, afin de le sortir en juin 1997.

Dans ce quatrième volet des aventures du Chevalier noir, Val Kilmer devait reprendre du service dans le rôle de Batman. Mais au moment où le projet est enclenché, l’acteur est déjà engagé sur le tournage d’un autre film intitulé « Le Saint« , réalisé par Phillip Noyce. Ses agents ne jugent pas bon de le prévenir de la date de début de tournage. Schumacher va en vouloir aux représentants de Kilmer, car ils le préviennent au dernier moment de sa non participation. Vingt ans plus tard, le principal intéressé n’a toujours pas compris le fin mot de l’histoire : « Quand j’y repense, je me demande toujours pourquoi ils m’ont fait ça, mais, vous savez, c’est le business et ces choses arrivent. »

Le réalisateur rencontre alors George Clooney. Il estime qu’il ferait un excellent Batman, mais la star de la série « Urgence » redoute un peu ce rôle. L’acteur considère que cela peut être dangereux, car les deux premiers interprètes ont eu du succès et qu’il ne peut que faire moins bien. Selon lui, c’est le seul résultat possible : « Il ne faut pas oublier que c’est Michael Keaton qui s’est approprié Batman le premier. Et Michael sera toujours Batman à cause de ça. Val Kilmer a fait quelque chose de très différent. Il en a fait un personnage plus noir, plus fort, plus menaçant. Il n’y avait donc que peu d’options dans le quatrième film. »

George Clooney dans son costume de justicier
George Clooney dans son costume de justicier

George Clooney accepte finalement d’endosser le costume de l’Homme chauve-souris, car il n’a pas grand-chose à gagner du point de vue de sa carrière. Mais c’est l’occasion pour lui de faire partie d’un film à grand spectacle. Il s’entend avec Schumacher pour alléger quelque peu le fardeau de Bruce Wayne, parce qu’ils sont censés faire un film plus familial. Ainsi, « Batman & Robin«  ne s’attarde plus vraiment sur le triste sort de ses parents. Selon le troisième interprète de la saga, personne ne va plaindre un type de 35 ans, qui vit dans un manoir géant, qui a des milliards de dollars, et qui sort avec de belles femmes, sous prétexte qu’il a perdu ses parents à 4 ans. George Clooney incarne donc un Batman beaucoup moins déprimé et torturé. Son personnage a beaucoup plus d’humour que le précédent. Il est chaleureux et attachant. Cela lui a permis de se sentir à l’aise avec le rôle.

Un échec annoncé

Le tournage de « Batman & Robin » s’achève en janvier 1997. Le budget s’élève à 125 millions de dollars. Il devient ainsi le film le plus cher de la franchise. Mais lors de sa sortie en salle au mois de juin, les critiques se révèlent très désastreuses. Le quatrième volet des aventures de la chauve-souris est considéré par la presse comme le plus mauvais de la série.

George Clooney avec ses fameux mamelons
George Clooney et ses fameux mamelons

Les fans sont également très déçus. Selon eux, le réalisateur a pris trop de libertés à propos du scénario et du caractère du personnage. Ils n’acceptent pas de voir Batman faire des blagues douteuses. En outre, les mamelons sur les costumes du vengeur masqué font couler beaucoup d’encre. Mais Joel Schumacher endosse la responsabilité d’avoir recherché et glorifié la beauté dans ce film. Selon lui, c’est le côté plaisant des comics : « Je n’avais aucune idée que mettre des mamelons sur le costume de Batman allait faire la une dans le monde entier. J’ignorais que le mamelon mâle était une partie controversée. Les corps des costumes sont inspirés de la statuaire grecque, qui faisait des corps parfaits. Nous avons donc moulé ces corps parfaits en caoutchouc et ils sont anatomiquement érotiques. Dans les bandes dessinées, les personnages sont anatomiquement parfaits, dans des costumes élégants. Je voulais retranscrire cela dans le film. »

Les nombreuses critiques négatives desservent très largement la popularité du film. Il enregistre le moins bon box-office de la saga initiée par Tim Burton, en 1989. Les recettes s’élèvent, en effet, à 238 207 122 dollars, alors qu’il s’agit de l’épisode le plus coûteux. Le marchandising est devenu une partie importante du tournage du film. Mais Schumacher en était conscient et a accepté de travailler dans ces conditions. Et comme si cela ne suffisait pas, « Batman & Robin » fut nominé pour onze Razzie Awards, dont celui du « Pire film » et du « Pire réalisateur ».

La volonté de la Warner était de produire un film sur l’Homme Chauve-souris moins sombre pour augmenter sa vente de produits dérivés au jeune public. Avec la collaboration du fabricant de jouet du géant américain Kenner, les ventes de figurines à l’effigie de Batman, de ses alliées et de ses ennemis a très bien fonctionné. Et c’est bien la seule satisfaction pour la Warner.    

Le fameux justicier de Gotham City devra attendre huit longues années pour se relever de cet échec cuisant et triompher à nouveau au box-office avec l’avènement du tandem britannique Christopher Nolan/Christian Bale ! 🙂

 

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Votre bat auteur

Né à Avignon en 1990, GuessWho se passionne rapidement pour l’univers du Chevalier Noir à travers la série animée de Bruce Timm. Il connait sa première expérience dans les salles obscures en 1995 avec la sortie de Batman Forever et devient un fan inconditionnel du justicier de Gotham City. Plus de vingt ans plus tard, en 2016, il sort un ouvrage sur le parcours cinématographique de l’homme chauve-souris, de ses débuts après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à maintenant.

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2 commentaires
  • Il y a 3 mois
    Batwing

    Val Kilmer pour moi était un excellent choix de casting (surtout pour Bruce Wayne) , dommage que le film soit bancal…

    Répondre