Review de Batman Arkham Asylum : Bienvenue chez les fous

Publié le 18 avril 2019 par

Toujours dans le cadre de notre événement spécial 80 ans de Batman, on a décidé de revenir sur certains récits fondateurs du personnage…
On s’attaque aujourd’hui à un monument du batverse : Arkham Asylum. Non pas le jeu vidéo sorti sur bon nombre de consoles ! Vous savez, le roman graphique de Grant Morrison et Dave McKean sorti en 1989 ? Cet ouvrage, faisant partie des indispensables pour tout fan du chevalier noir, n’est pourtant pas le plus accessible et pourra en rebuter plus d’un ! Faut-il le considérer comme un chef d’œuvre ou est-ce un graphic novel surcoté ?

Synopsis

1920. Suite au décès de sa mère démente, Amadeus Arkham, brillant psychiatre, aménagea la demeure familiale en un établissement médical dédié à soigner la folie de ses patients. Il ne se doutait pas de l’enchainement d’événements  alors mis en branle. Quelques décennies plus tard, l’Asile d’Arkham est devenu un lieu maudit de tous, un labyrinthe hanté par la folie des criminels qui y sont enfermés. Seul espoir en ces murs : celui que le chaos prenne un jour sa revanche. Ce jour est arrivé. Emmenés par le Joker, les patients de l’asile contraignent le Chevalier Noir à les rejoindre au cœur même d’Arkham.

  • Scénario : Grant Morrison
  • Dessins : Dave McKean
  • Publié le : 13 juin 2014
  • Nombre de pages : 208
  • Prix : 19€
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Ceci n’est pas une BD, c’est une oeuvre d’art

Dès l’ouverture de ce livre, tout lecteur est traversé par un sentiment de mal-être lié, sans doute, à un design inhabituel. Dave McKean nous emmène dans un univers semblant surnaturel avec la patte artistique qui fera sa renommée dans l’industrie des comics. Ce design, aussi malaisant soit-il, sert totalement à l’immersion dans le scénario que Grant Morrison a, lui aussi, voulu déstabilisant pour le lecteur. Ainsi, si la lecture débute bel et bien à Gotham, ce n’est pas dans la ville telle que nous la connaissons mais au siècle dernier, du temps où Arkham n’était pas encore un asile mais une simple maison familiale.

Le roman qui a grandement influencé Morrison

Mais avant même de nous plonger dans les bas fonds de la psyché des acteurs principaux de Gotham, les artistes nous offrent cette citation d’Alice au pays des merveilles:

« Mais je ne peux pas aller parmi les fous », fit remarquer Alice. « Impossible de faire autrement », dit le Chat : « Nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle. »
« Comment savez-vous que je suis folle ? », demande Alice. « Tu dois l’être », répondit le Chat. « Autrement tu ne serais pas venue ici. »

Ainsi, même s’il ne fait aucun doute que l’univers qu’il réserve aux patients d’Arkham et à Batman s’avérera plus cauchemardesque que l’histoire écrite par Lewis Caroll, Grant Morrison nous déroute avant que nous n’ayons eu le temps de lire la première bulle de l’histoire.

En fait, cette histoire peut réellement se lire comme étant une transposition d’Alice au Pays des merveilles. Batman tient le rôle principal et doit traverser le manoir en affrontant les mêmes épreuves qu’Alice (de façon imagée bien entendu). Et si on pousse encore un peu plus loin, on peut attribuer au Joker le rôle du Chat du Cheshire de Lewis Caroll ! Bref, Batman serait-il un fou parmi les fous ???

Un scénario aux forces multiples

Un univers digne de Lewis Carroll, dont Morrison s’est grandement inspiré.

Plongé dans le journal d’Amadeus Arkham, qui servira dès lors de véritable fil rouge tout au long de la lecture, l’auteur réalise la prouesse de tisser des liens avec le passé de ce lieu maudit, et guidant ainsi le lecteur assidu entre le passé du fondateur de l’Asile d’Arkham, et le présent dans lequel Batman est enfermé avec les plus gros sociopathes qu’il ait eu à affronter dans sa carrière de justicier. Pourquoi ferait-il cette chose insensée ? Tout simplement parce que les fous ont pris le contrôle de l’asile et revendiquent la venue de Batman pour libérer les otages. Si cela ne suffisait pas à donner à l’ensemble du récit un ton suffisamment austère, les peintures de Dave McKean donnent au Joker et aux autres grands ennemis de Batman un air encore plus monstrueux qu’à l’habitude (même Killer Croc est encore plus terrifiant).

C’est donc face à ses plus grands ennemis que Batman sera confronté au fil du récit. Mais si le nombre des criminels qu’il aura à affronter est énorme, c’est avant tout sa propre folie que Batman doit combattre afin de prouver au Joker et aux autres patients que sa place n’est pas parmi eux.

L’autre véritable force du scénario, c’est la manière dont sont définis les liens qui unissent Batman et l’entièreté des patients de l’asile. Ainsi, le Joker et les autres en sont persuadés : Batman est non seulement le responsable de la « création » de ses différents ennemis, mais notre chevalier de la nuit aurait tout autant sa place parmi les fous de l’Asile. Vous l’aurez compris, cette histoire ne prend pas la forme d’une histoire classique du batverse, l’auteur et le dessinateur nous proposent une expérience hors des sentiers battus !

Un véritable chef d’œuvre pour les fans

La dualité Harvey Dent/Double Face amplifiée par les artistes.

Très clairement, mon cœur de véritable fan de Grant Morrison et du travail de Dave McKean (dont j’ai particulièrement adoré le travail sur les couvertures de la série Sandman) est comblé, je le considère non seulement comme une lecture indispensable parmi les ouvrages du chevalier noir, mais également comme un indispensable dans toute l’industrie comics. En effet, cet ouvrage fait partie des exceptions qui peuvent plaire aux plus érudits des lecteurs qui recherchent les perles rares, des planches qui sentent le travail et la dévotion des artistes pour leur travail. Aussi, Arkham Asylum fait, sans aucun doute possible, partie des récits fondateurs de ce que nous appelons l’âge moderne des comics.

Pourtant, nombreux sont les témoignages de lecteurs assez mitigés sur le sujet. Certains ne sont pas rentrés dedans, d’autres ont eu plus de mal avec la narration de Grant Morrison. Ces critiques négatives viennent sans aucun doute du fait que Morrison n’est certainement pas l’auteur de comics le plus accessible, usant de nombreuses références en tout genre. Et comme pour son run sur le chevalier noir de Gotham City, beaucoup l’applaudissent mais il y en a tout autant qui n’apprécient pas l’ensemble. De plus, le travail de Dave McKean, bien que fabuleux, peut ne pas plaire à tout le monde tant il est à l’opposé des comics mainstream.

L’artiste utilise, en effet, des planches mélangeant dessins, photos et divers découpages, pour un rendu final à contre-pied des standards de l’époque (c’est encore très vrai en 2019!). Les pages sont toutes des œuvres d’art présentées sous forme de collages mêlant diverses techniques artistiques, afin de représenter les différents décors en superposition. Et si McKean avait, lui aussi, succombé à la folie qui règne à Arkham ?

Une bonne lecture, mais pour qui ?

Cette lecture n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ainsi, s’agissant d’une lecture assez violente, elle n’est vivement conseillée qu’aux lecteurs avertis ! De plus, s’il s’agit d’un indispensable pour les grands fans du chevalier noir de Gotham, il n’est pas conseillé de lire ce one-shot en guise de découverte de cet univers, le lecteur ayant de fortes chances de ne pas saisir toute l’immensité du récit tant la culture Batman y est importante 🙂

Et vous ? Quel est votre avis sur cet incroyable Arkham Asylum ??? Laissez-nous votre avis dans les commentaires ci-dessous 😉

Les notes
Scénario Note Scénario Dessin Note Dessin Colorisation/Encrage Note Colorisation Note globale Note Globale

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Votre bat auteur

Fan de comics horrifiques et de thriller, je reviens sans cesse vers mon premier amour : Batman ! Tout commença en Belgique, alors que je mangeais un paquet de chips au paprika dans mon canapé (si, c'est important...!). Nous étions dans les '90s lorsque j'ai découvert la fantastique série animée Batman, surgissant par la fenêtre telle une chauve-souris ! Lui et moi avons passé bien des journées de vacances ensemble. Je me souviens de son combat face au fantôme masqué...épique ! Ce n'est que des années plus tard que je me mis à la lecture des comics avec l'arrivée d'Urban.

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1 commentaire
  • Il y a 1 semaine
    Batfan

    Merci pour cet article même si je reste un peu sur ma fin. Certes, il s’agit avant tout d’un roman graphique, donc l’histoire passe au second plan. Mais je suis sûr qu’il y a matière à dire sur les multiples interprétations de chacune de ses pages. Visuellement, c’est une claque. Le Joker y est particulièrement inquiétant… Sans doute l’oeuvre la plus « arty » des comics de Batman.

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