Review de The Batman’s Grave

Publié le 17 décembre 2021 par

Petite série parue en 12 épisodes aux USA puis publiée par Urban Comics, The Batman Grave’s est signé par un duo dont on ne peut nier la qualité artistique : Warren Ellis, plutôt habitué de l’univers récent de Marvel et Bryan Hitch, très remarqué notamment sur la série (toujours Marvel) des Ultimates (qui a inspiré le Marvel Cinematic Universe) mais également, Batman Metal (Tome 3). Sans dévoiler le reste de l’article, disons tout de suite que l’on se retrouve ici sur un registre très policier dans lequel Batman va mener, au cours de trois cents pages d’un récit plutôt intense, une enquête aux multiples rebondissements.

La sortie de The Batman’s Grave est passée relativement inaperçue. La personnalité (au delà du scénariste) très controversée de Warren Ellis en est certainement la cause. Cet aspect, lié à l’œuvre qui fait l’objet de cette review a été développé, de façon franche et directe sur le Bat-Débat d’Alexandra et Siegfried ici et dont je vous conseille le visionnage.

Synopsis

Quand Batman découvre le lien caché entre l’assassinat d’un ancien inspecteur de la criminelle et celui d’un avocat véreux, c’est le début pour lui d’une traque sans relâche qui le mène vers un nouvel ennemi : Scorn. Ce dernier monte une armée de tueurs implacable à même de vaincre le Chevalier Noir, qui se trouve de son côté de plus en plus isolé. Bruce Wayne a peut-être enfin atteint sa limite.

Batman Detective Comics

Batman mène l’enquête

The Batman’s Grave est très clairement un comics policier. Et malgré les (majoritairement réussies) nombreuses pages d’action, c’est d’une ténébreuse enquête qu’il s’agit. Et d’un huis-clos. Un huis-clos dans le décor fermé d’une Gotham terrorisée par un tueur dont le modus operandi n’est pas sans rappeler celui de Batman lui-même… le meurtre en plus. Un mot rapide sur ce concept d’une dualité supposée entre le détective et l’assassin caché dans l’ombre… De mon point de vue, cette dualité, un peu vendeuse, est loin d’être évidente et surtout réduite à une portion plus que congrue. Cet aspect de l’histoire reste donc un peu “tiré par les cheveux” à mon goût.

Une enquête donc, qui rassemblera essentiellement (presque uniquement) trois personnages : Batman, Alfred et Gordon, bien que ce dernier n’ait pas un rôle aussi prégnant que les deux premiers cités. Et ne cherchez ni Selina Kyle, ni Barbara Gordon (du reste, aucune femme ne semble émerger de l’histoire, qui reste définitivement masculine), ni Dick Grayson : la Bat-Family se résume au duo – certes assez intensément exploité – Bruce / Alfred.

Vous avez donc compris. Une histoire d’enquête, un huis-clos… On est loin, très loin, des sagas apocalyptiques à la (Scott) Snyder. Pas d’armure Hell-Bat, pas de tunnel Boom, pas de dionesium, pas de multivers à sauver. Juste une enquête à résoudre. Un tueur à arrêter. Cela pourrait rappeler les plus belles heures du Long Halloween de Jeph Loeb. Et personnellement, j’aime plutôt ce type de retour aux sources, qui en général, donnent des scenarii plutôt fouillés et intéressants.

On se retrouve donc à espérer une démonstration du plus grand détective du monde, puisque c’est clairement le parti-pris de l’histoire. Paradoxalement, l’exercice n’est qu’à moitié réussi pour plusieurs raisons :

L’enquête elle-même n’est pas ficelée avec brio, à la fois par le scénariste et par le justicier lui-même (et on pourra noter que c’est souvent Alfred qui inspire les déductions et les initiatives). Certes. Il faut tenir 12 petits volumes soit 300 pages, mais les ressorts policiers ne sont ni recherchés, ni réellement lisibles. Cela traine pas mal et on a un peu du mal à saisir les enjeux et motivations exacte du tueur.

Une bonne idée, cependant, consiste à exploiter l’idée de voir Batman se projeter en tant que victime pour essayer de résoudre l’enquête. Une sorte de mise en équation psychologique qui n’est pas sans rappeler Man-Hunter (le Sixième Sens) de Michael Mann où l’agent du FBI Will Graham (interprété par William Petersen) se projetait dans la tête du tueur. L’idée, mainte fois reprise, est ici détournée pour s’appuyer sur la situation de victime (que Batman revendique assez fréquemment). Plutôt original (dans un Batman, cela va sans dire) mais là aussi, le concept n’est pas réellement décisif dans l’histoire. Mais cela donne des planches assez originales. Et tend à bien distiller le côté “détective” de l’histoire.

Batman se projette …. façon profiler .. en mode victime

Le récit fourmille donc d’idées intéressantes, mais qui tombent un peu à plat ou qui ne sont pas exploitées à la mesure qu’elles méritaient. Le (petit) arc d’Arkham en est un parfait exemple où, après la disparation d’Arkham (le patron des lieux himself) Batman en prend la direction. Rassurez-vous… cela ne va pas durer, mais l’idée n’est pas exploitée de façon réellement constructive, et c’est un peu à l’image de tout le scénario. C’est bien dommage, car cela aurait apporté une réelle plus-value bénéfique au projet.

Un graphisme en demi-tons

Un graphisme paradoxal : Un Bruce Wayne méconnaissable mais la fatigue d’Alfred parfaitement exposée

Le graphisme de Bryan Hitch est a l’unisson du reste. Tout en reconnaissant la “patte” de celui qui a mis en image les Ultimates, je dois reconnaitre que si Hitch sait parfaitement faire ressentir les émotions (en particulier dans les regards), son trait semble parfois grossier, en particulier sur les visages. De mon point de vue, il s’agit d’un parti pris artistique mais qui peut déplaire. Il peut paraître à la fois moderne voire provoquant sur les scènes d’action et de combat dont certaines sont particulièrement réussies, voire grandioses et retrouve une patine presque vintage pour les moments plus intimistes (du reste, cette impression transparaît tout au long de l’œuvre).

Des scènes d’action bien dessinées, mais peu contrastées, où le bleu domine souvent

L’encrage d’Alex Sinclair sait bien accompagner le trait de Hitch. Assez peu contrasté (un peu dommage pour les pages d’action) il sait jouer des ocres à merveilles pour rendre compte des (rares) moments d’intimité voire d’introspection entre Alfred et Bruce.

J’ajoute également un rendu fort réussi des scènes de crime, poisseuses et parfois sanglantes, qui ne sont pas sans rappeler l’ambiance du Seven de David Fincher. Et donc, cohérent avec la coloration policière de l’œuvre.

C’est d’ailleurs aussi un paradoxe de l’œuvre qui sait parfois, par le récit et le dessin, mettre en place de réelles ambiances, palpables et réalistes, sans toutefois parvenir à donner une “âme” à l’ensemble. Une âme que l’on trouvera finalement ailleurs dans le récit.

My name is Pennyworth, Alfred Pennyworth

Un Alfred, au bord de l’épuisement mais toujours fidèle au poste

C’est, à mon sens, une des grandes réussites de l’œuvre : le rôle et l’incarnation (avec un petit air de David Niven me semble-t-il) d’Alfred sont assez impressionnants : le majordome est présent de façon quasi continue et très loin du rôle de cuisinier et préposé aux premiers soins. Alfred est ici à la fois le protecteur, la conscience (assez souvent refoulée) de Bruce. Au bord de la dépression et de l’épuisement à chaque case, il trouve toujours la force (souvent en s’aidant d’un verre d’alcool, chose rare dans les récits antérieurs) de continuer à assurer la protection (car il s’agit bien de cela) de Bruce. Il s’avère être également un redoutable partenaire d’enquête, avisé, percutant et particulièrement actif. Son passé de membre des services secrets (façon “permis de tuer”) est ici utilisé de façon intelligente et il semble souvent avoir une clairvoyance et un recul qui manque (un peu) à son justicier de maître dans cette histoire.

Un majordome, ancien des services secrets, et qui ne s’en laisse pas compter

Alfred est l’âme pensante du récit. Il soigne, assiste, souvent impuissant, au désarroi de Bruce. Mais parfois décisif, il nous surprend toujours avec un humour tranchant et un sens de l’à-propos réjouissants. Quand à certaines de ses initiatives, elles sont impressionnantes d’efficacité et de sang-froid, quand par exemple, loin de se démonter devant un psychopathe cannibale qui a réussi à s’introduire dans le manoir en l’absence du propriétaire des lieux, Alfred, flegmatique, lui loge une demi-douzaine de balles (anesthésiantes) dans le corps, sans sourciller.

Du grand, du très grand Alfred. Je ne me souviens pas d’un récit où le majordome avait une place aussi importante. Et j’avoue que cela apporte un réel “plus” à l’ouvrage.

Cependant, dans son ensemble, la lecture laisse un peu sur sa faim. Comme une réelle frustration.

Gravement frustrant

Selon moi, la plus grande frustration vient du titre, qui par ailleurs, n’a pas été traduit ou adapté par Urban Comics. Certes, il s’agit souvent d’un exercice délicat sur lequel par ailleurs les éditeurs peuvent revenir (souvenez-vous de The Cult traduit par Enfer Blanc puis … redevenu The Cult.. en français de même que le Souriez ! de Killing Joke).

Donc The Batman’s Grave… littéralement, c’est “La Tombe de Batman” et effectivement… de tombe, il en est question… mais uniquement à la première et à la dernière page du récit. Dans l’art du scenario, on appelle cela une épanadiplose narrative. Et en général, cette figure narrative sert un message, un thème particulier. Or, ici, cela ne sert rien du tout. Je dois vous avouer que je suis allé chercher tous les dictionnaires anglais/français pour savoir si il n’y avait pas une interprétation secondaire à “grave”. Rien. Je m’attendais à tout moment que quelque chose émerge (au sens figuré) de cette tombe, préparée par Alfred (encore notre Alfred !) pour faire rebondir le récit. Mais non.

La figure narrative est donc employée ici sans support scénaristique particulier, si ce n’est voir Batman s’effondrer sur sa propre future tombe, prête à l’accueillir (mais quand ?) dans un final qui reste ambigu. De là à donner un titre à une œuvre en 12 volumes … c’est un tantinet se moquer du monde.

Ellis connait donc à la fois ses classiques et l’art des figures narratives. Mais n’en maîtrise visiblement pas la subtilité. Je lui conseillerais de relire Watchmen et de voir ce qu’Alan Moore sait faire avec un badge jaune.

Conclusion

Au final, l’œuvre frustre par son manque de cohésion globale (l’exemple des différents costumes utilisés dont on finit par ne plus suivre la logique), en particulier sur la fin, malgré de belles idées et un graphisme soigné. Elle reste une lecture plutôt agréable et surtout originale dans le contexte de la continuité des dernières années (depuis les new 52, pour faire court). On pourra y préférer, dans le même registre, un Dark Prince Charming qui avait su s’appuyer sur une histoire réellement originale, également dans un registre intimiste, et un graphisme sans doute plus consensuel.

Les points forts :
  • Une ambiance policière plutôt réussie pour un retour aux sources façon “détective”,
  • Un graphisme plutôt agréable en particulier dans les scène intimistes,
  • Un Alfred absolument phénoménal, à la fois fragile et fort.
Les points faibles :
  • Un manque de cohésion globale,
  • Un titre frustrant,
  • Finalement un peu long au vu du scenario (sans doute dicté par le découpage en 12 épisodes).
Les notes
Scénario Note Scénario Dessin Note Dessin Colorisation/Encrage Note Colorisation Note globale Note Globale

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Votre bat auteur

Bruno, grand fan du Dark Knight depuis plus de 30 ans. Inconditionnel de Franck Miller, Grant Morrison & Tim Burton... Je m'attache à raconter "mes" moments cultes de ce personnage unique au travers de scènes inoubliables, de comics de légendes, de musiques cultes.

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