Voyage jusqu’au bout de la peur (Partie 3)

Publié le 05 novembre 2015 par

Suite et fin de notre périple dans les tréfonds de l’âme de notre héros au travers des trois premiers tomes de la série « Le Chevalier Noir ». Chaque tome, à sa manière, au travers de la vision de Gotham par chaque scénariste et dessinateur, visite une thématique omniprésente mais pourtant trop peu abordée : La Peur.

Sous toutes ses formes, c’est bien par la peur qu’on peut le mieux définir Gotham ainsi que la folie qui anime ses rues. Dans la tête du Batman, du Joker et tous les autres protagonistes, elle apparaît : c’est par la peur que Batman a décidé de combattre ses ennemis. Le Joker quant à lui, terrorise ses victimes par la terreur et la folie et inutile de parler de Jonathan Krane aka L’Épouvantail pour qui la peur est plus qu’une motivation, c’est une raison de vivre. Mais pour plus de précision, attardons nous sur les tomes précédents.

Dans le premier tome, Bruce Wayne fut confronté à la peur sous sa forme la plus primale : la violence et la force. Dans Terreurs Nocturnes , Finch et Jenkins ont su donner de larges détails et de finitions aux combats, ce qui a rendu par la suite un ouvrage des plus dynamiques, colorés et axés davantage sur le graphisme. Certains y verront un manque de scénario, d’autres (dont je fais partie) y verront un parti pris sur le ton à donner à l’aventure. À travers la simplicité du sujet pour mieux mettre en avant le caractère terrifiant et explosif de chaque combat.

Le second tome, quant à lui, fait l’unanimité : c’est probablement le meilleur des trois ouvrages. Prenant comme sujet principal l’Épouvantail, « Cycle de Violence » explore la peur sous une forme des plus insidieuses : les terreurs enfouies dans la tête de ses victimes. S’en suivra une aventure des plus violentes à laquelle le Chevalier noir fut confronté ; on se souviendra du final magistral de la défaite de l’Épouvantail se faisant dans le sang.

Enfin, sujet de notre article, « Folie Furieuse » aborde un dernier thème pour conclure cette épopée: la folie amenée par une existence brisée. Cette existence, c’est celle de Jarvis Tetch a.k.a le Chapelier Fou. Trop relégué à des rôles de second ordre, le Chapelier va retracer son existence pour courir après un souvenir depuis longtemps perdu….et le transformer en un idéal macabre.

Pour ce qui est du synopsis :

Un voyage dérangé dans la tête du Chapelier

Un voyage dérangé dans la tête du Chapelier

« Si le célèbre détective Batman se dresse aujourd’hui devant une trainée de cadavres, il n’a pour l’instant pas l’ombre d’une piste. Durement mis à l’épreuve, son savoir-faire est doublement entaché  lorsque le maniaque commence à kidnapper les habitants de la ville sans aucune raison apparente. Le Chevalier Noir aurait-il finalement trouvé plus rusé -ou plus fou- que lui ?  »

Sous le pinceau d’Ethan Van Sciver et de Szymon Kudranski, le scénariste Gregg Hurwitz révèle ici Batman dans sa majesté mais aussi dans l’une de ses parts la plus sombre. Celle-ci l’emmènera jusqu’au bord de l’irréversible et lui fera subir des épreuves alors rarement vues dans les autres tomes:

 

 

Paradise Lost :

La première question qui m’est apparue à la lecture de ce tome: Le mal est-il inné ou est-il le résultat d’une série mauvais coups ? Jarvis Tetch, alors enfant chétif, ne présentait Folie (5)aucun signe prévenant du vilain qu’il sera des années plus tard. Aimé de ses amis, de ses parents, le jeune garçon connut une existence paisible et pleine d’espoir. Et, comme tout enfant de son âge, l’Amour vint faire son apparition. Cet Amour, c’est Alice; une belle jeune fille, blonde et l’une de ses plus proches amies. L’une des scènes les plus importantes du livre, celle de Wonder Land,  marque alors le bonheur de Jarvis et l’idéal de toute une vie. Mais, comme toute histoire à Gotham, chaque destin est susceptible d’être brisé. C’est face à un pédiatre que l’antagoniste, fit face à sa chute: un déficit de testostérone. A une période où les jeunes adolescents sont les plus cruels, Jarvis restera pendant toute cette période un ado coincé dans un corps d’enfant. Et c’est ainsi que ses amis, Alice et l’estime de soi même disparurent.

Nous pouvons voir dans ces éléments l’installation progressive de la folie du Chapelier: aidée par les médicaments psychotiques et un environnement ambiant hostile, l’âme de l’enfant va se retrouver modelée par la haine et le regret. C’est à partir de ce moment que la course après le passé commence…

C’est d’ailleurs tout le sujet et le mobile des crimes du Chapelier. A la recherche d’une Alice similaire, il enverra ses sbires cherché chaque acteur de sa pièce macabre. Ce qui est intéressant, du point de vue du personnage, c’est ce cheminement qui mènera cette quête à son paroxysme jusqu’à dépasser cet idéal. Jarvis reniera lui-même son Alice en mémoire d’un souvenir disparu dans une scène particulièrement violente qui marque une nouvelle étape de la cruauté du Chapelier.

 

Une folie « hallucinante »

Le Joker nous a habitué à la Folie d’un sens général, à sa forme la plus primaire et la plus brute par le crime violent et non-motivé. Ce comportement peut être retrouvé dans le personnage de Jarvis Tetch, à la différence que celui-ci fait force de la folie par les artifices, le monde de l’hallucination et le psychisme le plus retord. Étant lui-même victime de troubles psychiques, Gregg Hurwitz et Ethan Van Syver présentent ici un Chapelier particulièrement violent et cruel envers ses victimes. Tout cela dans des accès de rage folle de par son obsession. Et je trouve d’un avis personnel que cette violence s’inscrit totalement dans l’univers apporté par ce dernier tome : celle de l’excès, l’onirisme et de l’horreur. Très loin du classique et épuré « Un long Halloween », le passage le plus horrifique et le plus difficile pour Batman reste sans doute l’hallucination préalable au combat final. Après avoir subi un énième drame (traité un peu plus bas), l’hallucination reste forte en symboles:

Folie ou Justice ?
Folie ou Justice ?

– Son ex fiancée,

– L’éternel retour à la mort de ses parents,

– L’incapacité d’en finir avec ses ennemis.

Le sombre univers du Chapelier mêlé aux peurs primales de Batman, aurait pu faire vaciller le héros dans la folie. C’était sans compter sur la force mentale inégalée de Bruce Wayne. Une force qui déclenchera en lui une vague de haine qui le mènera aux limites de son serment….

 

Vengeance

Dans cette dernière partie, je vais parler de ce qui m’a vraiment plu au sein cette aventure : la violence employée par chaque personnage. E plus de l’esthétique morbide

Idylle avec la Natalya
Idylle avec la Natalya

présentée lors des scènes d’agression, la cruauté transparait aussi dans le scénario, où chaque victime du Chapelier connait des tortures mentales et physiques rarement vu dans les autres tomes. Et c’est ici que la force du livre apparait. En effet, le scénario peut paraitre faiblard avec un sempiternel combat bien/mal incarné par Batman et le Chapelier Fou. Mais ici, la dimension psychologique prend un pas important.

Depuis le second tome, Bruce Wayne fréquente la pianiste ukrainienne Natalya Trusevich. Le personnage de Bruce Wayne a toujours présenté des difficultés à entretenir une relation sentimentale. Il en va de même pour son alter ego. Catwoman en est l’exemple le plus probant. Mais dans « Folie Furieuse », une relation certes explosive, mais passionnée s’installe. Bruce Wayne ira jusqu’à même jusqu’à remettre l’existence du Batman en cause et dévoilera ses activités nocturnes à sa fiancée. Hors, comme je l’ai mentionné au début de cet article, Gotham n’aime pas les fins heureuses. Et dans le monde du chevalier noir, aimer, c’et s’affaiblir. Le Chapelier Fou mettra à profit cette dernière en s’en prenant directement à l’amour de Bruce Wayne. Dans une scène de torture particulièrement violente, Le Chapelier Fou va laisser libre court à sa rage en martyrisant Natalya pour connaitre l’identité de Batman.

Vous vous en doutez, l’issue de ce passage sera fatale. Dans une somptueuse double page occupée par toute l’action de la chute de Natalya (dans une pose rappelan

La chute d'un amour brisé
La chute d’un amour brisé

t étrangement celle de super-héros), nous constatons l’incapacité de Batman d’assumer ses deux rôles : celui de l’amant modèle et celui du héros damné. Cette scène tragique se terminera sur une seconde double page : celle d’une pose morbide tragique, ou la pianiste ressemble à une danseuse d’un ballet macabre, dont le Chapelier Fou est le chef d’orchestre.

Violence

Pour continuer sur le thème de la double page, une troisième du Batman, sur fond d’éclair, fou de rage, s’élançant à la poursuite de son ennemi, le lecteur se doute alors qu’une vague de violence pure est à l’œuvre et va venir fracasser le vilain terré dans son bunker. Nous passerons sur l’épreuve mentale que le Chevalier Noir aura à subir avant d’accéder au duel face à son ennemi. Nous allons nous attarder ici sur un trait particulier à « Folie Furieuse », si bien évoqué par son titre: la violence à la limite du serment éternel de Batman. En effet, en un seul coup de poing, le héros viendra à bout d’un des jumeaux Humphry & Dunphy pour venir d’abattre sur Jarvis Tetch. En un déluge sanguinolent de coups, le Batman laisse s’exprimer toute la haine et sa rage contre son amour perdu mais aussi pour punir d’un bras vengeur les innombrables victimes du Chapelier. Au delà des supplications d’Alfred, le Chevalier Noir ira au bord de la limite qu’il s’était fixé: il a l’intention de donner la mort. Véritable serment ayant forgé ce qu’est le mythe Batman, le fait de ne pas commettre de meurtre délibéré s’avère ici désuet quant à la rage du héros. Au final, n’est-ce pas là la folie ? Celle qui est promue par le Joker, utilisée par le Chapelier, la folie propre à Gotham. Celle de façonner le destin et de détruire tous ceux qui ne se plient pas à cette loi. Je trouve la facette de cette histoire particulièrement intéressante car c’est bien l’une des rares fois où le Batman prend totalement le pas sur Bruce Wayne, l’équilibre de la Justice est ici rompu au profit de sentiments plus humains telles que la haine et la vengeance, et tout cela magnifié par un dessin riche, prolifique de sang et d’énergie.

Quand Gotham reprend ses droits.
Quand Gotham reprend ses droits.

Après s’être bien sûr repris (il reste le Batman), c’est un Bruce Wayne blessé tant physiquement que mentalement qu’Alfred tente de ramener sur le droit chemin. Bruce reconnaissant lui-même « s’être perdu » l’espace de quelques instants. Mais, il faut croire que quand Gotham choisis son héraut (ou héros ?), aller contre cette volonté semble perdu d’avance. Et c’est dans une sombre mais somptueuse scène que la Chauve-Souris reprend son rôle de protecteur éternel de la ville.

 

 

 

 

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Votre bat auteur

Passionné par les aspects psychologiques soulevés par les œuvres concernant le Chevalier Noir , lecteur acharné des comics VF de chez Urban.

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