Review de Batman La légende : Neal Adams – Tome 1

Publié le 26 juillet 2018 par

Neal Adams… Si l’on peut parler d’une légende dans le monde du comics, aux côtés des adulés (bien que parfois controversés) Frank Miller et Alan Moore, l’illustrateur Neal Adams en est une qui égale ces 2 maîtres. C’est d’ailleurs sur ses fondations que Miller et Moore ont bâti leur art. Urban Comics réunit donc l’ensemble de ses œuvres (de la fin des années 1960 aux années 1970) sur le Chevalier noir en 2 tomes. L’éditeur français avait déjà réalisé un « Batman : la légende » recensant les travaux de Jim Aparo en 2013-2014. C’est maintenant au tour de l’un des membres du Will Eisner Award Hall of Fame d’entrer au Panthéon de l’éditeur.

Batman La Légende : Neal Adams, tome 1, Urban ComicsDes bas-fonds de Gotham City surgissent de nouvelles menaces et Batman ne peut y faire face seul : c’est pourquoi il appelle à ses côtés des justiciers de renom comme Superman, Aquaman, Flash, le Creeper ou encore Deadman. De plus, un nouveau venu tient également à le rejoindre dans sa croisade contre le crime… Son nom ? Le Docteur Kirk Langstrom dit Man-Bat !

Scénario : Bob Haney, Dennis O’Neil, Franck Robbins, etc.
Dessins : Neal Adams
Publié le : 06 juillet 2018
Nombre de pages : 368
Prix : 35 €
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Une édition bienvenue

Neal Adams
Neal Adams

Souvent associé au non moins excellent scénariste Dennis O’Neil, Neal Adams a révolutionné certains personnages de comics, en particulier Green Arrow et Batman, tant dans leur aspect esthétique que social. Les deux compères ont en effet collaboré pour le célèbre Green Lantern/Green Arrow, faisant intervenir les héros dans le cadre d’un aspect plus social et centré sur les questions du moment : pollution, racisme, drogue…Speedy drogué, vous connaissez ? Eh bien, c’est eux !

Mais quand Neal Adams est embauché par DC Comics en 1967, c’est pour un travail sur Deadman, que l’on retrouvera dans notre ouvrage. Puis il intervient dans « The world’s finest comics », magazine qui fait intervenir ensemble Batman et Superman. Les deux aventures narrées sont inclues dans ce tome, mais ne sont pas les meilleures. Les scenarios sont quelque peu loufoques et tirés par les cheveux, on ressent encore le Batman des années 60 qui n’a pas encore dit son dernier mot malgré les chutes des ventes et la crise chez DC.

Batman et Deadman, Neal Adams
1ère aventure pour les alliés Batman et Deadman

La présente édition va donc de 1968 à juin 1970, terminant sur un épisode clé de l’alliance prolifique entre Batman et Neal Adams : la création du Man-Bat. Cet épisode particulièrement beau graphiquement et émouvant au point de vue scénaristique nous montre le début de l’apogée de l’artiste (signalons que le Man-Bat est une création de Neal Adams, et non du scénariste Frank Robbins). Ce qui nous donne envie de découvrir le tome 2, surtout quand on sait qu’il nous présentera la création de Ra’s-al-Ghul

La colorisation a également été retravaillée par Neal Adams lui-même. Certains pourront ne pas aimer perdre le charme des anciennes couleurs, pour ma part j’apprécie. Cela donne une dimension plus sérieuse et plus profonde au dessin.

Un dessin innovant

Batman par Neal Adams
Un Batman particulièrement expressif

Ses petites oreilles s’agrandissent, sa cape s’allonge, virevolte et souligne l’action du personnage… Batman grandit, devient plus musclé, imposant et plus impressionnant. Opérant à nouveau de nuit comme à ses origines, il est particulièrement réaliste et il fait peur. Cependant, là où je trouve le travail de Neal Adams encore plus admirable, c’est dans le dessin des expressions et dans l’agencement des cases et de l’action. L’expression est particulièrement vive, pertinente et réaliste. Neal Adams a l’art de transmettre la tristesse, la surprise et la peur comme personne. Et concernant l’agencement des cases, elle est révolutionnaire pour l’époque, mettant en valeur les combats et la tension. Le mouvement est fluide et vif, les corps sont magnifiés. Certaines aventures, comme « Et Hellgrammite est son nom ! » (octobre 1968) sont particulièrement étonnantes dans l’agencement de leurs actions. Moi qui suis particulièrement fan du travail actuel de Mikel Janin dans « Batman Rebirth », je reconnais dans son art l’héritage de Neal Adams.

Le dessin de Neal Adams
L’art novateur d’agencer les cases, par Neal Adams

Cependant, Adams n’est pas le seul artiste mis en avant ici. Son coloriste et encreur principal, Dick Giordano, apporte une valeur supplémentaire : il met en valeur les formes, accentue l’aspect sombre et gothique de l’univers. Dick Giordano est d’ailleurs l’une des grandes figures de DC. Chargé en 1967 de renouveler la maison, il est découvreur de talents et c’est lui qui embarque Dennis O’Neil et Jim Aparo dans l’aventure DC. Mais les scénaristes ne sont pas non plus en reste…

Des scénarios plus sombres

En 1968, les scénarios restent plutôt d’esprit bon enfant : on mettra de côté le « Duel des cerveaux » entre Batman et Superman, qui offrira le prétexte à des escadrons « anti-Batman » et « anti-Superman » de se ridiculiser en tentant de tuer les 2 amis ; « La séparation de Superman et Batman » nous montre également une histoire un peu tirée par les cheveux… Cependant, à partir de la fin de l’année, un virage s’opère. Batman se fait plus détective avec Deadman, le personnage fétiche de Neal Adams, dans « La traque du crochet ! » de Bob Haney. La couleur est annoncée.

Green arrow par Neal Adams
Green Arrow, s’invite dans l’univers de Batman

L’année 1969 se déroule avec des scenarios intéressants mais de différents niveaux. Pour ma part, je retiendrai « Ne punissez pas mon mauvais fils ! » (Bob Haney), qui confronte Robin à un nouveau fils adoptif inattendu et pétri de mauvaises intentions… De même, « Le sénateur a été abattu ! » (Bob Haney encore) fait intervenir Green Arrow, l’autre personnage fétiche de Neal Adams, et nous avons droit aux questionnements des deux héros sur la place de leurs identités dans les missions qu’ils se donnent. Cela amorce les enjeux dans les futures histoires de super-héros.

Batman et le Man-Bat, par Neal Adams
Rencontre entre Batman et le Man-Bat

Mais c’est surtout en 1970 que commence l’apogée de l’œuvre d’Adams, notamment avec l’étonnant et gothique « Secret des sépultures vacantes » (de Dennis O’Neil) et les deux histoires mettant en scène Man-Bat (de Frank Robbins). Le sens de la dramaturgie, déjà ressentie en 1969, est omniprésente ici. Les histoires sont particulièrement émouvantes, approfondies et font appel à l’esprit détective du Chevalier noir.

Conclusion

La construction chronologique des œuvres de Neal Adams sur le Chevalier noir est donc une excellente idée de la part d’Urban Comics, d’autant plus que le dessinateur sera présent à la Comic Con de Paris du 26 au 28 octobre, aux côtés de Frank Miller, Andy Kubert et Gail Simone. On peut nettement voir l’évolution de la perception de Batman par l’artiste et ses scénaristes. De plus, une préface et une postface du dessinateur, ainsi qu’une postface de Dick Giordano nous expliquent l’histoire de l’appropriation de Batman par Neal Adams. Enfin, tout un panel de couvertures réalisées par notre dessinateur accompagnent l’ouvrage à la fin.

Les deux seuls regrets que j’ai pu avoir, c’est l’absence de numérotation de page (alors qu’il y a un sommaire avec numérotation…), et une absence d’explications par l’éditeur entre chaque histoire . J’attendais un peu plus de « médiation » de ce côté-là. Malgré cela, tout ce que je puis dire, c’est « lisez-le, c’est une bible ! » 🙂

Les notes

Scénario Note Scénario
Dessin Note Dessin
Colorisation/Encrage Note Colorisation
Note globale Note Globale

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Votre bat auteur

Bibliothécaire comme Barbara, servant le chevalier noir depuis peu, aimant le Moyen Âge, le Tir à l'arc et les balades nocturnes sur les toits.

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