« Batman » de Tim Burton. 30 ans après la sortie… la critique

Publié le 13 septembre 2019 par

Le siège de la rédaction de Batman Legend a été l’objet d’un étrange phénomène. Une sorte d’orage magnétique parsemé d’éclairs jaune-orangés. L’épicentre de cette manifestation étant, selon toute vraisemblance, le bureau du rédacteur en chef lui-même. Et quelle ne fût pas sa surprise, de retrouver près de son ordinateur une étrange galette noire carrée ultra-plate rapidement identifiée comme étant une disquette 5 pouces 1/4. En ce jour des 30 ans de la sortie française du film Batman de Tim Burton, peut-on penser qu’un pont spatio-temporel ait pu, brièvement, se produire ? Une sorte de TimPoint ? Toujours est-il qu’avec l’aide d’Andresy, la disquette en question a pu être lue et décryptée. Et quelle ne fût pas notre surprise d’y découvrir, en parfait état de conservation, une version numérique de la critique de ce désormais classique du cinéma – presque – contemporain.

La Team Batman Legend ne pouvait résister, en ce jour si spécial, de vous dévoiler ce document exclusif, à l’origine si mystérieuse…

Nous sommes le mercredi 13 septembre 1989. Depuis des jours et des jours toute la ville, les magasins, les abris de bus se parent du logo de Batman, qui me semble bien relooké par rapport aux versions que j’ai pu croiser dans les comics. Une machine de marketing comme personnellement, je n’avais jamais vu au cinéma… La rentrée universitaire n’a pas encore eu lieu, mais avec notre groupe de potes de promo, nous décidons de tenter d’assister à la séance du soir même de la sortie… Une longue attente s’annonce au guichet du cinéma « Le Prado » à Marseille.

Holding out for a Hero

En vrai, on ne sait pas grand chose du film. Quelques infos ont circulé. On sait que c’est un film de Tim Burton. De Burton, on ne sait pas grand-chose non plus. Juste qu’il a réalisé Beetlejuice. Avec justement Michael Keaton, qui a, du coup, été choisi par le réalisateur pour jouer le rôle-titre. Nous sommes un peu décontenancés : Keaton faisait un fantôme déjanté et grimaçant, je ne le vois pas dans le rôle du super-athlète tel que j’imagine Batman (moi qui ai complètement ignoré la série télévisée avec Adam West… et en particulier sa musique débile qui faisait vriller l’ado que j’étais lors de sa re-re-diffusion…). J’avais adoré Beetlejuice, et sa musique rythmée et décalée de Danny Elfman… Mais j’ai du mal à imaginer le Batman qu’il nous a préparé…

L’affiche du film. Le batlogo. Les acteurs. Sobre et symbolique

Pour nous, le film de super-héros, c’est un truc simple : Superman avec Christopher Reeve. Mâchoire carrée, physique de rêve, sourire qui fait fondre les filles.  Bon, les trucages étaient pas top top, mais c’était sympa, avec les symphonies de John Williams. Et Gene Hackman en Luthor !!! Génial.

On est d’accord et on en discute dans la file d’attente… C’est long….. Keaton n’a pas le physique de l’emploi. Par contre Nicholson joue le Joker. Et là, on sait tous que quoi qu’il arrive, ce sera parfait. Parce que Nicholson est forcément parfait !!! Kim Basinger … elle sort de 9 semaines et demi… Difficile de voir ce qu’elle vient faire ici… J’aurais préféré Geena Davis… Mais bon, je me ferai une raison.. Les blondes, ce n’est décidément pas mon truc… Le guichet s’approche… On cause musique… Et là on est d’accord : Prince nous explose les oreilles depuis des jours à la radio avec sa reprise pop-rock inspirée du thème de la série TV. Je ne vais pas supporter ça pendant tout le film….. Restons cool… Le film vaudra-t-il bien les 31 francs que je m’apprête à débourser… On verra bien… Juste après les pubs pour les Cornetto….

 

The Burton’s Joke

Les lumières de la salle s’éteignent. Le film commence.. Et là… première surprise… Pas de Prince. Pas de « Get the funk up ! Baaaatmaaaan ! ». Une musique envoûtante, se déroule dans les méandres d’un décor minéral que l’on va vite reconnaître comme étant le fameux Bat-Logo. Ce qui sera confirmé par le traveling arrière.
Cette musique ! On reconnait Elfman aux premiers accords. Ça ressemble à l’introduction (déjà magique) de Beetlejuice, mais c’est tellement différent aussi. C’est sombre mais ça nous entraîne. C’est à mille lieues de ce que l’on avait imaginé comme intro… C’est … une ambiance !

Batman interprété par Michael Keaton

Les premières images qui suivent sont dans la continuité. Nocturne, sombre. Gotham ressemble à un décor de théâtre gothique. Un malfrat court, fuyant ce qu’il devine être une implacable justice… Elle arrive… « Je suis Batman ». Seconde surprise : Pas de costume gris moulant.  Du noir. Une panoplie sombre et chevaleresque. Le ton est donné.
En quelques minutes, la série et le film de 1966 sont oubliés. Burton a superbement réussi son introduction. On ne va plus lâcher.

Le Batman incarné par Keaton est donc loin des versions athlétiques des comics ou de la parodie jouée par West. L’acteur livre une prestation toute en finesse. L’intensité de son regard à travers le masque noir étonne (la direction de la photographie est excellente) et porte la volonté et le courage du personnage. Son interprétation de Bruce Wayne est tout à fait intéressante. Névrosé, solitaire, un rien romantique. Il semble assez fragile et un peu perdu dans cet univers. Un personnage décalé qui visiblement se cherche.
Burton joue donc cette carte à fond. On est loin, très loin, du héros invulnérable. Le réalisation utilise  l’iconographie du personnage au mieux (le batwing passant au-devant de la Lune est tout simplement superbe) tout en le mettant à terre dans les secondes qui suivent (le même batwing se vautre lamentablement touché d’une « simple » balle du Joker). C’est déroutant. C’est novateur. C’est fascinant.
Tout comme cette Batmobile magnifique qui peut rejoindre les voitures d’exception de l’histoire du cinéma.

All work and no play makes Jack a dull boy

Assez paradoxalement, en sortant de la salle, on fait assez rapidement le tour des impressions laissées par Keaton. Par contre, la vraie vedette, c’est bien Nicholson. D’ailleurs, pour le coup, c’est lui qui est en premier nom de l’affiche (cela rappelle Marlon Brando et Gene Hackman sur Superman).

Jack Nicholson en Joker. Un sommet !

Que dire sur l’interprète du Joker ? Personnellement, il m’a scotché. Complètement barré, dangereux, mortel et … violet … Il semble parfait.
L’acteur se régale visiblement et nous aussi. On a juste un problème : le film introduit des origines au Joker (et son pseudonyme Jack Napier) qui m’étaient inconnus. Et pour nous tous, le Joker, c’est une espèce de soldat inconnu du mal : on ne sait pas qui il est … et finalement, on s’en fout. Seule sa folie intéresse.
Du coup, le côté « Je t’ai créé, tu m’as créé » et le fait que le futur Joker serait l’assassin de Martha et Thomas Wayne, c’est un peu tiré par les cheveux. Mais cela, bien évidemment, n’enlève rien à la performance de Nicholson qui colle au personnage. On se saurait rêver mieux !

Au rayon des déceptions, Kim Basinger campe une Vicky Vale sans grand relief et Pat Hingle, malgré ses talents de comédien, joue un Commissaire Gordon que Burton se plait à faire passer pour un crétin. A titre personnel, je trouve cela regrettable. Notons toutefois, un Alfred bienveillant et attachant campé par Michael Gough.

In Burton we trust

Batman est donc le second film de Burton que je vois. Et je dois avouer que je suis fan. Ce réalisateur a une patte incroyable. Sa direction d’acteur est parfaite et même si certains de ses choix sont discutables, il les assume avec brio  (même la chanson de Prince est supportable) et nous offre une oeuvre personnelle aboutie, une vraie vision d’un héros hors-normes. Vision qui donne envie d’en savoir plus.
Et pour être franc, une des filles de notre groupe nous a annoncé depuis quelques mois qu’elle possédait une oeuvre en quatre tomes signée par un certain Frank Miller… Je pense que je vais lui emprunter fissa.

Je ne sais pas si Batman aura une suite. Je le souhaite de tout cœur. Et j’ai comme dans l’idée que cette Batmania qui déferle (un peu artificiellement entretenue par Warner Bros, faut-il le reconnaître) ne va pas s’arrêter de sitôt. Quand à cette musique de Danny Elfman, je ne peux l’ôter de ma tête. Je vais aller acheter le 33 tours de la bande originale uniquement pour ça. Quelque chose me dit que l’on a pas fini d’entendre et d’écouter ce thème.

Intemporel…

Les points forts :
  • Une réalisation exceptionnelle
  • Les acteurs principaux au sommet
  • Une musique envoûtante
  • Des décors sublimes
Les points faibles :
  • Le choix des origines du Joker discutable
  • Les seconds rôles un peu trop caricaturaux

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Votre bat auteur

Bruno, grand fan du Dark Knight depuis plus de 30 ans. Inconditionnel de Franck Miller, Grant Morrison & Tim Burton... Je m'attache à raconter "mes" moments cultes de ce personnage unique au travers de scènes inoubliables, de comics de légendes, de musiques cultes.

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1 commentaire
  • Il y a 4 semaines
    Adrien

    Ces origines là du Joker sortent de Detective Comics #168 de 1952 et Killing Joke de Alan Moore 1988.

    Répondre