Review de Joker : Killer smile

Publié le 02 octobre 2020 par

J’ai choisi de faire la review de ce comics avant même de l’avoir lu. Car je l’ai lue non pas pour le thème (un énième Joker, la folie, tout ça tout ça), mais pour le duo aux manettes dont je suis admirative depuis longtemps, depuis ma lecture de Green Arrow, par Jeff Lemire au scénario et Andrea Sorrentino au dessin. Depuis, les compères se sont rendus compte qu’ensemble, ils pouvaient faire de grandes choses (comme dirait Ollivander), jusqu’à l’aboutissement : la création de Gideon Falls, une série exceptionnelle que je ne pourrais me lasser de vous vanter. Devenus un peu les spécialistes de la folie après ce chef-d’œuvre, il apparaît donc assez naturel qu’ils s’attaquent au roi des fous : le Joker !

Couverture de Joker : Killer smile

Synopsis

Quand un psychiatre affilié au Joker tente de guérir le plus grand criminel de Gotham, c’est le début d’une descente aux Enfers pour celui qui était jusqu’ici un père de famille aimant et paisible. Mais cette spirale de dépression et d’hallucinations violentes ne cache-t-elle pas aussi un réel gouffre au sein même de sa psyché ?

Une œuvre à la fois surprenante et prévisible

Killer Smile surprendra (voire désarçonnera) forcément tout lecteur non habitué au duo Lemire-Sorrentino. Le dessin de l’Italien ne laisse pas indemne après lecture, à la fois par le réalisme recherché (au point que le Joker nous paraisse étrangement “humain” physiquement, nous laissant croire à un personnage de film plus que de comics, ou faisant remonter à nos souvenirs le Joker de Lee Bermejo) et par l’agencement étrange des cases et des planches, que nous aborderons avec plus de soin plus tard. Les petits détails appuyés, caractéristiques du style du dessinateur, peuvent également intriguer, amuser et plaire au lecteur.

Scène d'horreur démontrant les détails utilisés par Sorrentino
L’horreur, la folie et les détails sur lesquels le lecteur doit s’appuyer : tels sont les ingrédients d’Andrea Sorrentino

Quant au scénario de Jeff Lemire, il vise juste. Clair, suivant une ligne simple et sans fioritures, facilement compréhensible y compris pour un lecteur novice, il sait toutefois surprendre. Certains reprocheront peut-être à Lemire d’être un peu trop prévisible. Il mène en effet le lecteur là où ce dernier veut aller. Si l’on connaît la littérature faite sur le Joker (de Killing Joke à White knight en passant par Arkham Asylum), ce qui arrive dans ce comics n’est finalement pas une grande surprise, on l’attend au bout des étapes. Mais on aime ça, on continue et, comme dans un film sur Jeanne d’Arc dont on connaît à outrance tous les éléments de l’histoire, la réussite ici ne tient pas dans les retournements ou les surprises, mais dans la manière dont ils sont amenés. Et pour cela, le duo fou coche bingo.

L’exploration de la folie

La folie dans Joker : killer smile
Les cases fondent, la folie se dissout lentement…

Pour les habitués du duo, ce livre n’est pas sans rappeler, immédiatement, leur chef-d’œuvre actuel, Gideon Falls. Ces deux histoires explorent l’horreur engendrée par la folie, et les questionnements sur les victimes de cette folie. Qui est véritablement fou ? Comment la folie est-elle provoquée, comment s’immisce-t-elle dans la vie de chacun ? Peut-on se rendre compte de sa propre folie ? Le monde est-il fou, ou sommes-nous tous fous, individuellement ? Toutes ces questions sont soulevées dans ce court comics. Le plaisir de voir un personnage nouveau au centre de l’histoire et être la clef de ces questions, s’ajoute à celui de voir, sur la fin, Batman reprendre un peu le devant, notamment à travers des indices qui se dissolvent dans toute l’histoire.

Le dessin de Sorrentino œuvre pour beaucoup dans la perception de la folie et dans le déroutement du lecteur. Il joue notamment sur la focalisation de la folie : d’où émane-t-elle et qui touche-t-elle ? Tantôt des cases agencées de façon “traditionnelles” (et encore…), tantôt des délires perturbants, nous laissant croire que telle représentation équivaut à la situation “les pieds sur terre” et telle autre illustrant la folie. Mais si, finalement, Sorrentino s’amuse avec nos perceptions et nos a priori ? Et si, comme le personnage principal, nous nous perdions nous-mêmes dans ce labyrinthe, menés par le Joker-Sorrentino qui s’en donne à cœur-joie ?

Un agencement des cases en spirale pour illustrer la folie
La spirale, un agencement qu’apprécie beaucoup Sorrentino pour illustrer le délire

Conclusion

Si vous n’avez pas peur d’être un peu secoués et si vous souhaitez découvrir des artistes de talent, alors courrez au-devant de cet objet digne de rester dans les mémoires. Un récit peut-être un peu court (mais qui semble prévoir une suite ?) qui allie attentes et déstabilisation comme un manège clownesque qui nous offre ces moments de calmes et de tourbillons effrayants.

Les points forts :
  • Un graphisme saisissant avec Sorrentino toujours égal à lui-même,
  • La folie sous toutes ses formes,
  • Batman un peu en retrait qui ressurgit au premier plan au bout d’un moment.
Les points faibles :
  • Un petit côté de déjà-vu pour les lecteurs habitués au Joker et au duo Lemire-Sorrentino.
Les notes
Scénario Note Scénario Dessin Note Dessin Colorisation/Encrage Note Colorisation Note globale Note Globale

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Votre bat auteur

Bibliothécaire comme Barbara, servant le chevalier noir depuis peu, aimant le Moyen Âge, le Tir à l'arc et les balades nocturnes sur les toits.

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