Voyage au bout de la peur , partie 2

Publié le 07 janvier 2015 par

Second arrêt de notre voyage dans les ruelles les plus sombres de Gotham

Nous avons pu étudier dans le dernier article (cf. Voyage jusqu’au bout de la peur , partie 1 ), à quel point la peur du triomphe du Mal pouvait affecter notre super héros. Idem pour la violence et la passion pour le crime qu’ont ces derniers alors que Batman reste entravé par son propre code moral. Car c’est en effet autour de la morale de Batman que s’est construit le premier tome de cette intéressante trilogie.
Et bien qu’il fut riche tant sur le dessin que sur l’intérêt, « Terreurs Nocturnes » n’a pas fait l’unanimité auprès du lectorat de la maison Urban Comics.

L'Epouvantail affronte Batman
L’Epouvantail affronte Batman

Mais cette fois , nous nous attaquons dans cet article à un tout autre ouvrage… Bien plus plébiscité que son prédécesseur « Cycle de Violence » a mis en œuvre toute la noirceur et la richesse graphique que peut offrir l’univers de Gotham. Et bien sûr, aborder un thème récurrent mais trop souvent oublié par les auteurs : La Violence. Pure. Dure. Sanglante. Et c’est ici que Gregg Hurwitz et David Finch ont su alors injecter une dose massive d’hémoglobine et de folie à un géant sombre et froid : la ville tentaculaire de Gotham.

C’est donc en 2013 que parait le deuxième tome des aventure du « Chevalier Noir», trilogie qui, à terme, fera état de la folie qui anime la ville de Gotham au travers des aventures qui mettront à mal notre héros. Dessiné par David Finch et scénarisé par Greg Hurwitz, ce tome va confronter Batman a un et demi trop souvent réduit à ses simples attributs ( les gaz de folie) , Jonathan Crane a. k.a. L’Épouvantail.

Pour ce qui est du synopsis :

Batman fait face à l'Epouvantail pour protéger gotham
Batman fait face à l’Epouvantail pour protéger gotham

La ville de Gotham doit faire face à une vague d’enlèvements des plus énigmatiques. Si les enfants disparus réapparaissent subitement, ils n’en sont pas moins traumatisés, comme vidés de toute émotion, tétanisés par la peur. Le Chevalier Noir ne tarde pas à découvrir ce qui se cache derrière cette sombre affaire. A ses risques et périls…

Nous allons donc, dans cette séance, explorer le cerveau de cet ouvrage au travers de 3 thèmes majeurs : La Violence, La Solitude, et le lien Père/Fils.
C’est dans une effusion de sang que commence notre histoire par une scène d’automutilation plutôt dure mais qui n’en est pas moins significative.

Violence Physique :

Car c’est en effet par la violence physique que débute l’histoire du tome 2 du Chevalier Noir, une violence qui sera récurrente tout au long de l’histoire. C’est d’ailleurs relativement rare que les dessinateurs du Chevalier Noir emploient tant la cruauté dans une des aventures de Batman.

Tout d’abord, cette violence physique est représentée par une abondance de sang, et de scènes sanglantes. Que cela soit de la première scène de l’ouvrage, dans les délires de Jim Gordon, dans la scène de torture de l’Épouvantail jusqu’au combat final entre les deux personnages, les dessinateurs n’ont pas lésiné sur la présence d’hémoglobine afin de traduire toute la violence qui peut se dégager d’une histoire aussi sombre. Bien que l’Épouvantail soit passé maître dans l’art de terroriser ses victimes, il n’hésite pas à torturer physiquement ces dernières afin de se complaire dans ces accès de violence. Je tiens d’ailleurs à préciser que certaines scènes sont réellement dures, et donc à ne pas confier entre toutes les mains, et je pense au plus jeunes des bat-fans qui pourraient alors trouver quelques scènes « choquantes».

Autre attrait du livre qui nous relie à la violence de l’Épouvantail : la violence faite aux enfants. Le sujet du livre étant tourné sur les plus jeunes habitants de Gotham se faisant kidnapper pour accomplir les sombres desseins de Crane. Le ton est donné dès les premières pages par l’agression d’une jeune fille par l’Epouvantail, nous découvrirons pourquoi dans une seconde partie, des agressions qui seront perpétuées tout au long du livre et qui touchera Batman au plus haut point. S’étant donné pour ligne de conduite la protection des innocents de Gotham, le fait que l’Épouvantail s’en prenne aux enfants le rendra alors implacable lors de la confrontation finale. De plus, nous ne pouvons négliger l’impact psychologique qu’ont les agressions du psychopathe sur ses victimes, nous l’aborderons dans la partie concernant la violence psychologique.

Ce tome laisse beaucoup de place à la violence
Ce tome laisse beaucoup de place à la violence

Autre point qui m’a particulièrement touché lors de la lecture de ce livre : le réalisme du dessin. Ayant toujours aimé les représentations diverses qu’ont les auteurs/dessinateurs de Batman, Cycle de Violence est pour moi l’une des œuvres les plus réalistes et violentes que j’ai pu lire à présent. David Finch a su faire transparaître la violence et la crasse propre à la ville de Gotham. Nous pouvons comparer ces dessins à ceux de Tim Sale dans « Un Long Halloween« . Ce dernier présente alors Gotham d’une façon épurée, sombre, froide, et peu humaine. Les traits sont rectilignes et les couleurs peu changeantes. Or, ce n’est pas le cas au sein de « Cycle de Violence », Finch y campe une Gotham moite, violente, délabrée, souterraine et sanglante. Cela se traduit par un style de dessin arqué sur le détail, sur le réel de la situation, et sur la cruauté employé par l’Epouvantail et même par Batman.

Car bien que L’Epouvantail utilise des sévices psychiques et physiques, Batman ne reste pas en touche pour ce qui est de la violence brute. Dès sa première apparition, le Chevalier Noir ne fait aucune pitié face à l’agresseur de la maternité lors de la première scène de combat du livre. Cette violence sera réutilisée lors de l’affrontement de l’Épouvantail : d’un cri quasi-sauvage , le héros va alors déchainer la peur qu’il suscite auprès de son ennemi et la cruauté qu’il éprouve en le terrassant d’un coup de poing dévastateur et en mutilant Crane d’une façon alors peu connue des amateurs du Chevalier Noir . A la fois jubilatoire et terrifiante, c’est à un Batman bestial que l’Epouvantail a à faire après avoir passé la moitié du livre à le torturer . Pour ma part, j’en tire une morale unique et omniprésente tout au long du scénario : Face à la violence, la violence reste la seule réponse.

Nous en terminons ici pour ce qui est de la violence physique présente dans le Chevalier Noir tome 2. Etant représenté par un dessin riche et abondant, Finch et Hurwitz vont également se servir de cet univers pour apporter une deuxième notion à la violence employée par l’Epouvantail : celle de la torture mentale et psychologique.

Une Violence Psychique :

Revenons à la partie où nous traitons des sévices que le vilain fait subir à la jeunesse de Gotham. Associé au Croque-mitaine, Jonathan Crane utilise ses gaz terrorisants afin de provoquer la peur chez ses jeunes kidnappés. S’en suivra un véritable choc psychologique qui va créer un mutisme que Batman aura du mal à percer malgré la douceur qu’il essaie d’employer : l’Epouvantail va alors briser ses victimes d’une manière définitive au nom de ses sombres projets. Bien que moins apparente, ces agressions psychologiques seront tout autant dévastatrices que les tortures physiques de Crane.

Ayant été lui même un cobaye de la peur, le Maître de la Terreur poursuit le projet lancé par son père par le passé en perpétuant les mêmes méthodes d’analyse : terrifier pour mieux comprendre. Et c’est bien par le choc que nos deux protagonistes se sont forgés. C’est en perdant une certaine part d’humanité qu’ils sont devenus héros pour l’un et psychopathe pour l’autre. Pour Bruce Wayne, c’est de sa rencontre avec les chauves-souris dans les grottes du Manoir Wayne qui va alors sceller son destin de futur héros, c’est en maîtrisant sa peur qu’il va réussir à inspirer cette dernière dans le cœur de ses ennemis. Quand à Crane, ca sera en y succombant qu’il se transformera en terrifiant Epouvantail. En se soumettant à ses démons, ce dernier en devient alors à la fois maitre et esclave.
Autre scène qui pour moi s’avère être une des plus violentes du livre est l’agression de Jim Gordon à son domicile. Véritable modèle d’intégrité et de droiture à Gotham, ce dernier va alors subir le jeu fatal du vilain en étant exposé à ses gaz hallucinogènes. Se confrontant à des images d’un passé sombre, Jim Gordon va être mis face à ses responsabilités de père (autre thématique de « Cycle de Violence ») lors de la vision de ses deux enfants ; tous deux un destin tragique. Et sur seulement deux pages, toute la cruauté de l’Epouvantail est mise en œuvre face à l’homme le plus intègre de Gotham. Enfin, je trouve que le parallèle entre la jeunesse de Crane et celle de Bruce Wayne est réellement intéressante pour l’entière compréhension du scénario. Car, bien que le héros soit en permanence comparé avec son frère ennemi le Joker. Nous pouvons voir toute l’ampleur des points communs qui existent entre les deux personnages : à commencer par une enfance vécue dans la violence .Cette comparaison ne s’arrête pas la, et nous l’aborderons plus en détail dans les parties suivantes, mais le lien paternel à été une dominante majeure dans la vie des deux hommes : à la fois idolâtré et craint le père de Bruce et celui de Crane ont toujours eu des rapports durs avec leurs enfants. Et c’est deux chemins bien différents que choisira chaque personnage.

La solitude comme compagnon de route

Marquée tant par le choc psychologique que par une enfance vécue seul, la solitude reste omniprésente dans tout le livre.

L'Epouvantail terrorise ses jeunes victimes
L’Epouvantail terrorise ses jeunes victimes

Cette dernière rentre en scène par la perte de l’innocence des jeunes victimes de Jonathan Crane. Tétanisées par la peur, violentées psychologiquement, mises face à leurs démons, ces dernières sont ensuite relâchées dans les rues de Gotham…seules et sans repères. Et c’est bien la solitude qui constitue l’un des plus grands défis que le héros aura à relever. Revenant par période de flash-back depuis la mort de ses parents, Cycle de Violence va mettre en avant la solitude auquel Bruce va être confronté dans la recherche de la vérité sur l’assassinat de ses parents. Ce lien se symbolisera par la montre de Thomas Wayne que Bruce troquera contre une information douteuse. Et c’est ici que nous pouvons constater l’ampleur de la cruauté et de la violence qui règne dans les rues de Gotham : hommes, femmes, enfants, personne n’est réellement épargné. La fin de l’innocence de Bruce et de Crane est donc marqué par un choc : la perte du père et la confrontation à la Peur. L’un la dominera, l’autre s’y soumettra, et nous pouvons y voir également une explication de chaque destin que les protagonistes ont choisi d’emprunter.

Batman pris au piège de l'Epouvantail
Batman pris au piège de l’Epouvantail

La relation paternelle joue un rôle déterminant tout au long du livre. La relation Bruce/Thomas Wayne a toujours été vue par les scénaristes comme étant une relation de complicité et d’amour réciproque . Or, dans ce tome 2, Gregg Hurwitz y présente un père absent voir distant avec son fils. Ne tolérant pas que ce dernier puisse succomber à la peur. Et c’est une relation similaire mais bien plus malsaine à laquelle aura à faire l’Épouvantail : son père le privera d’amour si il ne se soumet pas à la terreur qu’il lui impose. L’ampleur de ce choc sera magnifiquement et sombrement révélé au sein d’une double page détaillée sur les horreurs qu’a du subir le jeune Jonathan. Le lecteur comprend ainsi les origines de l’Epouvantail et sa passion pour la peur et la terreur. Cette solitude sera pour Batman, un premier handicap. En effet, ayant perdu tout modèle paternel, ce dernier ne sait comment agir lorsqu’il est confronté à l’une des victimes de l’Épouvantail, Claire. Face à la terreur et à la détresse de la petite fille, Batman ne saura trouver l’origine de son mal. Ce qui montre que le dialogue enfant/adulte est désormais rompu à cause de l’Épouvantail.

Enfin, nous terminerons sur l’incompatibilité de Batman et de Bruce Wayne à entreprendre une vie sociale ou même à trouver un compagnon de route définitif sur lequel s’appuyer. Deux protagonistes sont concernés par le manque d’amour de Bruce et de Batman : Natalya pour Bruce, et Robin (Damian) pour Batman. Ces deux personnages vont alors tenter de percer à jour les méandres de l’esprit du Chevalier Noir. Or, bien que Bruce souhaite réellement une vie avec Natalya, cette dernière sera perturbée par l’alter-égo du milliardaire. Quant à Damian, bien que celui soit élevé pour devenir le digne héritier de la Ligue des Assassins, l’amour paternel est absent, son père n’ayant pas eu de modèle paternel, il existe une véritable incompréhension de la part de l’un et de l’autre. Cette incompréhension sera vite comblée par la démonstration du sacrifice que fera Batman pour sauver Gotham ; au péril de sa vie, il fera littéralement couler son sang pour sauver les habitants du gaz de l’Epouvantail. Et devant une telle preuve d’héroïsme, Damian et Bruce n’auront autre choix de se reconnaître mutuellement comme des héros du bien. Enfin, l’histoire termine sur une note positive au sens propre du terme : celle où Bruce retrouve Natalya dans un contexte serein et intimiste. Scène qui fera le contraste avec la présence finale de l’Epouvantail, qui lui finit seul face aux démons de sa propre vie.

Je terminerai cette bat-analyse par la scène la plus évocatrice mettant en scène l’Epouvantail et Batman ; celle où, face à la peur imposée par le vilain. Le Chevalier Noir répondra d’un cri quasi-bestial et par une violence alors jusque là jamais égalée :

« Alors crains moi ! »

Suite et fin de notre voyage au bout de la peur dans le prochain article : « Folie Furieuse »

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Votre bat auteur

Passionné par les aspects psychologiques soulevés par les œuvres concernant le Chevalier Noir , lecteur acharné des comics VF de chez Urban.

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