[Spécial Halloween] The Batman Horror Picture Show

Publié le 31 octobre 2019 par

En cette période d’Halloween, Batman Legend se penche sur une facette finalement assez peu mise en avant de l’univers du Chevalier Noir : les thématiques horrifiques liées aux aspects les plus fantastiques et sombres du personnage et de tout ce qui l’entoure. En cette fête où les morts sont plus vivants que jamais, vampires, magiciens, fantômes et autres créatures se joignent à nous pour célébrer le 80ème Halloween du (very) Dark Knight.

De façon désormais assez traditionnelle, lorsqu’on évoque Halloween et Batman, on pense assez immédiatement à l’un des ouvrages fondateurs : le Long Halloween de Jeph Loeb et Tim Sale, magnifique montée en puissance du détective Batman sur une enquête haletante d’une année.

Cette année, une fois n’est pas coutume, nous avons eu envie de conserver Halloween pour ce qu’elle est à l’origine : la Fête des Morts et ce qu’elle est finalement aussi devenue : une journée assez festive où l’on aime se faire peur avec des histoires et des créatures surnaturelles. Et la peur, le Chevalier Noir la connait bien. Les créatures surnaturelles aussi. Quant à la Mort, elle le hante, le guide, le porte même, sans doute, depuis bien longtemps.

Au commencement était la Mort

Est-il utile de rappeler que le Chevalier de Gotham est né dans le berceau mortuaire de (la future) Crime Alley, en assistant, impuissant, au meurtre de ses parents. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir « revenir » Martha et Thomas Wayne assez régulièrement dans les rêves, les cauchemars ou les délires de leur Batman de fils. Cette thématique de la référence aux morts est un fil conducteur assez récurent et logique, mais son traitement a forcément beaucoup évolué au cours de ces 80 années.

On oublie souvent que l’une des thématiques les plus explorées lors de l’age d’or des comics était le comic horrifique. Ce pan entier de l’industrie graphique de l’époque a quasiment disparu lorsque le Comics Code Authority (CCA) a été mis en place suite (en particulier) à la publication du fameux et très ( ! ) discutable Seduction of the Innocent du psychiatre Fredric Wertham. Evidemment, on a souvent eu l’occasion de le vérifier, l’univers de Batman n’a pas échappé à cette censure. Mais sous l’impulsion d’auteurs comme Neal Adams, les choses ont pu évoluer jusqu’à la « libération » sous les plumes inspirées et sans concession de Frank Miller (The Dark Knight returns) et Alan Moore (The Killing Joke).

Le retour de Martha et Thomas Wayne … façon Romero

Dans cette lignée, on retrouve un des ouvrages les plus emblématiques de la thématique horrifique et macabre qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir The Cult. Sous la plume puissante de Jim Starlin (qui signera un autre « culte » : Un Deuil dans la Famille) et le crayon brutal de Bernie Wrightson, on suit un Batman captif, brisé, drogué par le Diacre Blackfire. Dans ses délires, Bruce Wayne reverra ses parents de la plus horrible façon, corps décomposés façon zombies qui viendront – là est sans doute la véritable horreur – lui signifier leur déception de l’avoir pour fils. Wrightson est un spécialiste du comic horrifique et cela transpire à chaque case. La mort, le jugement, la pourriture… Tout cela dans le décor glauque des égouts de Gotham… Rien n’est épargné au héros, et au lecteur bien-sûr.  The Cult restera une référence à bien des égards, mais on peut penser qu’il est une pierre fondatrice de la mise en lumière (si l’on peut dire) de tout ce que l’univers de Batman peut avoir d’horrible.

La propre mort de Bruce le hante, plus sans doute qu’il n’ose se l’avouer à lui-même. Si sa mortalité et son humanité (pour ne pas dire sa fragilité) restent parmi ses caractéristiques les plus attachantes, sa possible immortalité a été envisagée à plusieurs reprises, dans les trames scénaristiques assez diverses. Mais indéniablement, Bruce Wayne se prépare à affronter la mort. Inéluctablement. Ce sera très certainement son dernier combat. Et Bernie Wrightson n’y va pas par quatre chemins lorsqu’il s’agit de placer le Chevalier Noir face à sa propre et fatale fin, fut-ce dans un cauchemar…

La mort de Batman, vue par Batman, dans une mise en scène de Bernie Wrightson (The Cult)

Vampire, vous avez dit Vampire !

Batman Vampire : Une plongée dans l’horreur et l’âme noircie du justicier de Gotham

On ne peut parler de Batman sans parler de chauve-souris. On ne peut parler d’Halloween sans parler de Vampire. On ne peut écrire cet article sans parler de Batman Vampire. Au delà de l’attrait de la nuit et la symbolique du chiroptère, l’analogie entre les deux « créatures » reste puissante. Notre Dark Knight qui lutte inlassablement contre sa soif de vengeance et ses penchants pour la violence ressemble à bien des égards au vampire qui lutte contre sa soif de sang et le malheur qu’il répand autour de lui. Doug Moenech, au scénario et Kelley Jones au dessin ont formidablement capté et illustré cette ambivalence dans un run de 288 pages, assez déstabilisant, où Batman affrontera Dracula en personne. Clairement inspiré par l’ambiance des films d’épouvante en noir et blanc des années 1950, les auteurs offrent une version de Batman pervertie par la noirceur de la créature imaginée par Bram Stoker. C’est sanglant, c’est gore, c’est dérangeant. C’est culte.

Les sorcières de Gotham

Samantha / Witch. Sorcière version satanique

Revenons à un registre plus … léger. A Halloween, on aime les sorcières. Il n’y a guère de sorcière dans le Bat-Univers. Hormis un personnage assez discret, dans l’histoire du héros, répondant au doux prénom de Samantha (bon, ceux de ma génération doivent sourire) alias Witch.
Pas vraiment bien-aimée, cette sorcière-là cherche surtout à donner du fil à retordre à notre Batou, tendance Satanisme. Ne cherchez pas le balai et le chapeau pointu. Si Witch est la seule sorcière dans l’entourage (riche) de Batman, en revanche, une magicienne y occupe une place choix, en la personne de Zatanna. Liée à Bruce Wayne par des liens multiples et complexes, elle est une des rares à connaitre l’identité secrète du Dark Knight, et au demeurant, une de ses anciennes conquêtes. A noter que les formules magiques de Zatanna sont des phrases complètes dont l’ordre des lettres est inversé. D’où la question cruciale : Le formule « Esope reste ici et se repose » est-elle une formule magique de Zatanna ???

Zatanna. Magicienne version bas résille

La Cité de la Peur

Krane/Epouvantail dans Arkham Knight. Âmes sensibles, s’abstenir.

Nous l’avons dit : Le jour (disons plutôt le soir) d’Halloween, on cherche à se faire peur. Et à Gotham, plus qu’ailleurs, la Peur a un visage. Ou plutôt un masque : celui du Docteur Jonathan Crane, alias l’Épouvantail. Il est assez significatif de constater que les scénaristes et auteurs ont intégré dans le « bestiaire » des antagonistes de notre héros préféré, un savant fou dont l’arme de prédilection est un puissant psychotrope capable de provoquer les terreurs les plus … folles. Ce n’est certes pas un hasard. Au delà de la thématique du trauma originel de Bruce Wayne, ce personnage est une porte ouverte sur un éventail sans limite de mises en scènes macabres et complètement déjantées. On peut faire confiance à Christopher Nolan qui a posé une des bases de sa trilogie autour de ce personnage, que je trouve à titre personnel assez fascinant. Quant aux concepteurs et programmeurs de Rocksteady, ils ont donné à Krane une place de choix dans le dernier opus de la série des jeux vidéo : Arkham Knight dans des scènes hallucinantes de terreur et de folie. Peur et folie sont intimement liées dans l’univers de Batman. Et quand on parle de folie…

L’Antre de la Folie

Arkham Asylium. L’ouvrage référence de Morrisson et McKean. Une plongée directe dans la folie

Arkham…. L’asile incontournable de la mythologie gothamienne. Peu de lieu dans les comics n’ont dégagé une telle fascination, une ambiance aussi malsaine, aussi malade. Loin d’un halloween festif et colorée, nous voici à présent dans le recoins obscurs de la psyché humaine (ou presque). Besoin d’un guide ? Nous vous proposons Grant Morrison, bien-sûr, si vous êtes prêt à vous perdre dans une oeuvre où chaque page est pensée comme un cauchemar à part entière, une plongée dans les angoisses et la névrose. Arkham Asylum (les Fous d’Arkham dans sa première version française) est un ouvrage unique qui doit également à l’immense talent de Dave McKean qui a mis en images et en couleurs, de façon hallucinante le scénario de Morrison.
Des images dérangeantes. On ne ressort pas indemne de cette lecture où le Joker (ou peut-être Morrison ?) piège Batman pour essayer de lui prouver qu’il est au moins aussi fou que lui. Dans ce kaléidoscope horrifique, on en vient même à douter de notre propre équilibre mental. Que les choses soient claires : à Arkham, les fous sont lâchés. A commencer par leur représentant le plus emblématique, le plus terrible… Monsieur J en personne !

Des images de cauchemar. Une violence visuelle et psychologue jamais atteinte dans un comic

Killing Joke

Le visage de l’horreur meurtrière du Joker

On ne peut finir un article sur Batman sans parler de son antagoniste le plus célèbre, le plus symbolique, le plus absolu. Si opposés et parfois si semblables… On a beaucoup disserté sur le Joker, mais ce qui nous intéresse aujourd’hui est la façon dont ce personnage peut-être le vecteur d’images et de situations horrifiques. Et dans cet esprit, Scott Snyder a admirablement suivi les traces de Morrison en faisant du Joker, non pas une espèce de dandy halluciné et meurtrier mais une créature prête à toutes les violences (y compris sur sa propre personne) dans une course à la folie où les rapports qu’il entretient avec le Chevalier de Gotham touchent quasiment à la perversion sado-masochiste. Le run de Snyder, et en particulier son Deuil de la Famille et le final Mascarade apporte leurs lots d’horreurs visuelles et psychologiques dans l’une des œuvres les plus angoissantes et sombres liées à notre héros. Il y aurait tant d’images illustrant ce concept …. Restons sur celle qui me parait la plus symbolique : la couverture du tome 3 du run. Le Deuil de la Famille, où le Prince du Crime, récupère son visage, pour mieux masquer ou plutôt brandir sa propre folie comme un étendard d’épouvante…

Conclusion

L’horreur et le fantastique sont donc devenus des aspects incontournables des différents runs liés à l’univers du Dark Knight. Nombreux sont les exemples qui puissent désormais dans l’ésotérique le plus absolu. Un paroxysme atteint par exemple dans le run Batman Metal qui contient également son lots d’images horrifiques et en arrière plan, le plan machiavélique du Démon Barbatos. Alors pour finir cet article sur un dernier clin d’œil à Halloween, voici donc le sourire gravé non pas dans un potiron mais dans le visage déformé et dément du Batman-qui-rit, sorte d’alchimie corrompue entre le Joker et un Batman d’une autre Terre. Une entité toute droite sortie du Multivers Noir.  Faisons confiance à Scott Snyder, Greg Capullo et leurs nombreux  compères… Nous n’avons pas fini de voir l’horreur et la peur continuer d’être distillées dans les multiples aventures de notre Batman adoré. Tant de frissons en perspective….

Le Batman-qui-Rit…
Joyeuse Halloween à tous les lecteurs de Batman Legend

On reste connecté ? 🙂
Retrouvez-nous sur Facebook, Twitter et Instagram.

Votre bat auteur

Bruno, grand fan du Dark Knight depuis plus de 30 ans. Inconditionnel de Franck Miller, Grant Morrison & Tim Burton... Je m'attache à raconter "mes" moments cultes de ce personnage unique au travers de scènes inoubliables, de comics de légendes, de musiques cultes.

Voir la suite...

Laissez-nous
votre avis !